A l’initiative du ministère en charge de la culture, Ouagadougou, la capitale burkinabè a abrité les 20 et 21 janvier 2023, le colloque « Médias, Culture, Tourisme et Résilience ».Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…
Burkina Faso : pas seulement militaire, ni financière, « la guerre contre le terrorisme est aussi culturelle »

A l’initiative du ministère en charge de la culture, Ouagadougou, la capitale burkinabè a abrité les 20 et 21 janvier 2023, le colloque « Médias, Culture, Tourisme et Résilience ». A la Salle de conférence de la Mairie centrale de la ville où ils se sont retrouvés, les acteurs de la culture et des médias se sont engagés pour la prévention de la stigmatisation et la radicalisation en vue de lutter contre l’extrémisme violent.
A l’occasion, certains acteurs présents ont donné leur avis, au micro de noocultures.info, sur l’opportunité de cette rencontre et comment ils perçoivent le rôle de la culture dans la situation actuelle du pays.
Baba Hama, ancien ministre de la culture du Burkina Faso
« La culture, c’est tout ce qu’une communauté d’individus partage en commun. Et toutes les cultures africaines que nous connaissons sont des cultures qui favorisent le vivre ensemble, cultivent la tolérance, exaltent la bravoure et font la promotion de la justice. Lorsqu’on vit véritablement sa culture, on est en soi un élément qui peut contribuer au vivre ensemble et combattre l’extrémisme violent. Même la religion est culturelle car la religion est une culture ; et aucune des religions ne recommande qu’on mette à mort son prochain. Si la culture est véritablement mise en avant, elle pourra certainement permettre de résoudre un certain nombre de problèmes à partir du moment où certaines crises naissent de l’intolérance. Il est donc important de mettre la culture en avant car c’est elle qui régit la vie de tous les compartiments de la société. »
Kononba Traoré, « Trésor Humain vivant » du Burkina Faso
« J’ai toujours expliqué que cette guerre contre le terrorisme n’est pas une guerre purement militaire ou financière : c’est une guerre culturelle. Elle fait intervenir ce que l’homme africain est et détient comme éléments de culture. Nos anciens combattants se sont appuyés sur le culte des ancêtres pour aller et revenir. Aujourd’hui, le noir est complexé. Il a banalisé sa culture et il croit aux ancêtres des autres. Ces cultures et religions venues d’ailleurs ne nous ont rien appris ni dans le vivre ensemble, ni dans quoique ce soit car nous avions déjà tout dans notre culture. Actuellement, nous ne sommes nulle part nettement donc nous sommes faciles à terrasser. La discrimination, l’égoïsme, la stigmatisation, l’injustice et l’intolérance de l’autre ne favorisent pas la cohésion sociale. Ce colloque est donc la bienvenue car si nous nous basons sur la culture africaine, nous n’avons plus besoin d’aller chercher la solution de nos crises ailleurs. Je garde donc espoir que nous sortirons de cette crise. »
Rasmané Ouedraogo, cinéaste
« Le thème de ce colloque (« L’engagement des acteurs culturels et des médias pour la prévention de la stigmatisation et de la radicalisation en vue de la lutte contre l’extrémisme violent », ndlr) est gênant et donne envie de se demander pourquoi appeler à la culture si nous somme imbibés de la culture ? Si nous avons convoqué cette réflexion, c’est parce que nous-mêmes estimons que nous ne sommes plus en rapport avec notre culture. Si, nous étions empreint de tout ce qui se passe culturellement chez nous, il y a des questions qu’on n’allait pas chercher à résoudre aujourd’hui. Car les réponses à toutes ces questions existent déjà dans notre culture. La parenté à plaisanterie a toujours existé ; le forgeron, son rôle est connu ; le griot, son rôle est connu. Comment se fait-il qu’aujourd’hui on laisse tous ces instruments ? C’est par ce que nous n’avons plus d’ancrage dans nos cultures et nos sociétés. Nous sommes dans une civilisation d’emprunt. Nous regardons ailleurs, nous voulons ressembler à ailleurs mais nous ne serons jamais ailleurs. Sinon la matière culturelle existe et a toujours été disponible. Il y a dans nos traditions des faits et des habitudes qui appellent à la paix et à la cohésion. L’amour pour son pays, ce n’est pas juste après un séminaire, c’est tous les jours qu’on doit travailler à s’attacher à son pays, à aimer son pays. »
Bernadette Dao, écrivaine, première ministre de la culture du Burkina Faso
« L’écrivain est justement là pour un éveil des consciences. Il faut vraiment prendre conscience des crises et conflits qui couvent et les désamorcer avant que ça n’éclate. Les écrivains traduisent bien tout cela dans leurs écrits, ils exposent les problèmes et font des propositions de solutions. Le problème aujourd’hui, c’est de lire ce qui est écrit, ou de faire connaitre ces messages au public pour l’amener progressivement à agir en fonction de ce qui est dit dans les écrits. »
Yaya TRAORE (Stagiaire) ©www.noocultures.info








