Carthage Dance 2023 : « indispensable mais mitigée », la complexe relation entre critique d’arts et artistes en débat

Le critique est-il légitime pour opiner objectivement sur une œuvre artistique ? L’artiste peut-il se passer du regard critique d’un professionnel ?Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Autour du thème « Le critique, meilleur ennemi de l’artiste », des professionnels se sont réunis le 12 juin 2023 dans la salle de rencontre du 4è art de Tunis, à l’occasion de la 5è édition des Journées Chorégraphiques de Carthage.

Le critique est-il légitime pour opiner objectivement sur une œuvre artistique ? L’artiste peut-il se passer du regard critique d’un professionnel ? A quel public s’adresse le critique ? Quel type de relation peut lier un critique et un artiste ? Ce 12 juin 2023 au 4è Art de Tunis, ces questionnements et plusieurs autres ont constitué le fil conducteur de cette table ronde, la première des quatre prévues à l’occasion de cette édition des Journées chorégraphiques de Carthage.

Autour de la franco-allemande Léa Chalmont, bookeuse spécialisé en Danse, de la danseuse tunisienne Oumaima Bahri et des journalistes Hayet Essayeb de la Tunisie et Eustache Agboton du Bénin, cette table ronde a été l’occasion de mieux faire connaitre le métier de critique d’art et d’établir le rapport entre le critique d’art, l’artiste et le public.

Même si elle reconnait une certaine pratique populaire de la Danse en Tunisie, Hayet Essayeb fait d’entrée, le constat du manque de critiques spécialisés dans les arts chorégraphiques à comparer avec le théâtre, le cinéma et les arts plastiques… Cependant, fait-elle remarquer « cette lacune ne relève pas de la responsabilité des médias, mais plutôt de questions structurelles relative au cadre légal du statut de l’artiste et du secteur de la danse ».

Mais n’empêche, le journaliste et le critique qui décident d’écrire sur la danse doivent s’en tenir aux fondamentaux de la démarche en tenant un argumentaire structuré. Ainsi, comme le souligne la bookeuse Léa Chalmont, également journaliste, « le processus d’écriture doit être précédé d’un processus de recherche. Il doit intégrer les circonstances de la naissance de l’œuvre et le parcours intellectuel et artistique de l’artiste afin de faciliter la lecture du spectacle, de son imaginaire et de sa présentation esthétique ».

De fait, estime Eustache Agboton, la critique d’une création passe par un processus dont le résultat final ne devrait souffrir d’aucune contestation. Critiquer, c’est observer, décrire, analyser, contextualiser, interpréter et évaluer dans une synthèse l’œuvre proposée par l’artiste. « Une critique n’en est pas une si elle n’est pas argumentée », conclut le journaliste, promoteur de la plateforme panafricaine www.noocultures.info et membre-fondateur du réseau panafricain et pluridisciplinaire CRITIQUES AFRICAINES.

Alors, ami ou ennemi ?

 « Complémentaire l’un et l’autre » selon Oumaima Bahri. Pour cette danseuse qui fait le constat d’un travail parfois superficiel des journalistes, il est pourtant évident que l’artiste qui crée a besoin de ce regard extérieur et professionnel sur son œuvre, « un véritable travail critique qui pénètre dans la profondeur de l’œuvre et touche l’essence de son travail ».

Cette réflexion pose d’emblée la question de la légitimité du critique d’art à opiner sur une œuvre d’art surtout à l’ère des réseaux sociaux, de l’information instantanée et surtout vis-à-vis d’un public qui ne se contente plus d’être cantonné dans le rôle de « public-consommateur » mais devient un acteur à part entière. « La question du public prend ainsi tout son sens dans ce débat et la relation entre le critique d’art et l’artiste ne saurait occulter » a fait remarquer Elsa Despinay, la modératrice des échanges.

Si l’artiste ne crée par le critique d’art, de même ce dernier n’écrit pas pour l’artiste. Chacun espère toucher un public, qui pour le sensibiliser, qui pour l’éduquer. Mais dans les deux cas, chaque objectif répond à une démarche, qu’il convient à chaque partie de connaître. Car le plus souvent, comme l’a affirmé Eustache Agboton, « l’état de la relation entre les critiques d’art et les artistes est le plus souvent tributaire de la méconnaissance de chaque partie du rôle et des démarches de l’autre partie ».

Pour les critiques d’art, cela signifie plus de formation, de professionnalisation, de spécialisation et d’adaptation. Pour les artistes, une certaine prédisposition à accepter que son œuvre soit évaluée. Il s’agit d’«un rapport de force qui est nécessaire pour faire avancer l’art chorégraphique », conclut Léa Chalmont

Irène Laure YAMEOGO, et Eustache AGBOTON, à Tunis ©www.noocultures.info
Photo ©Journées Chorégraphiques de Carthage

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