CINAFRIC, l’ambition cinématographique des années 70-80

Fondée en 1979 avec l’ambition de structurer une industrie cinématographique burkinabè indépendante, CINAFRIC est aujourd’hui réduite à un souvenir flou. Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Parmi les murs défraîchis d’un bâtiment discret de Ouagadougou au Burkina Faso, l’enseigne a depuis longtemps perdu ses lettres sur le portail. Peu de passants se souviennent de ce qu’elle désignait autrefois : CINAFRIC, la Société africaine de cinéma. Fondée en 1979 avec l’ambition de structurer une industrie cinématographique burkinabè indépendante, CINAFRIC est aujourd’hui réduite à un souvenir flou, rarement évoqué dans le monde cinématographique. Pourtant, cette structure pionnière, disparue des radars, soulève une question essentielle : Comment en est-on arrivé là ?

Après cinq éditions réussies du FESPACO (Festival Panafricain de Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou), le monde cinématographique burkinabè connait une effervescence vers la fin des années 1970. On rêve d’un cinéma africain, d’une industrie de cinéma comparable à celle des autres continents. C’est dans ce contexte que Martial Ouédraogo, un entrepreneur burkinabè sans réelle expérience du secteur, crée CINAFRIC, premier complexe de studios de l’Afrique sub-saharienne d’un montant d’investissement de près de 3 millions de dollars. L’initiative est saluée par les autorités : pour une fois, il ne s’agit pas d’une institution publique ou d’une organisation panafricaine, mais d’une structure burkinabè voulant prendre en main sa propre narration.

A cette période, les cinéastes africains étaient obligés de se plier aux règles et exigences européennes en matière de montage et finition. CINAFRIC venait répondre à ce besoin, une structure spécialisée dans la production ; la location de matériels, la finition et la commercialisation.

Le complexe s’étend sur un terrain de 20 000 m2 et comprenait un plateau de 600m2 insonorisé avec piscine, des salles de montage, une salle de visionnage de 30 places avec deux projecteurs : 16 et 35 mm , un auditorium complet, un studio photo moderne, un camion groupe de 55 KWA, un parc automobile, une salle de banc-titre, une sonothèque, une cinémathèque, des loges individuelles et des vestiaires et un foyer avec bar-restaurant. Sans compter les compétences techniques mises à la disposition des cinéastes.

CINAFRIC produit quelques films notables notamment Pawéogo (1982) du cinéaste Kollo Daniel Sanou, puis Le Courage des autres (1982) de Christian Richard. Ces œuvres, tournées en 16 mm, témoignent d’une volonté de raconter l’Afrique rurale, les traditions, les défis sociaux. Mais très vite, l’enthousiasme initial se heurte à la rudesse du réel.

Des ambitions freinées par des failles structurelles

Aujourd’hui encore, c’est le flou sur les raisons de la fermeture de cette structure. La fermeture de CINAFRIC n’a jamais été officialisée. Car elle n’a jamais été fermée, à en croire l’actuel gestionnaire Abdoulaye Guitti. Ce dernier y a travaillé dès l’ouverture après ses études en comptabilité des organisations avant d’être débauché par les autorités de l’époque pour apporter son expertise au sein de la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI) dont le siège s’était établi à Ouagadougou en 1985. Il revient quelques années après et maintient toujours en vie CINAFRIC ( entretien, électricité, impôt ) grâce aux ressources issues d’une partie du complexe louée à une société industrielle.

Dans les couloirs de la société africaine de cinéma, aujourd’hui ©Yaya TRAORE

Cependant, aucune plaque ne signale l’existence de cette structure, et ses productions, peu numérisées, dorment dans des tiroirs ou des bobines oubliées. L’histoire de CINAFRIC ne figure pas dans les manuels scolaires, ni dans les visites guidées du patrimoine culturel burkinabè. Or, le patrimoine ne se limite pas à la pierre ou aux monuments inscrits à l’UNESCO. Il comprend aussi les institutions disparues et des rêves collectifs avortés. CINAFRIC est de ceux-là.

L’hypothèse de l’avènement du numérique est très vite écartée. En effet, CINAFRIC a cessé ses activités vers 1984, à une époque où la production cinématographique était encore essentiellement analogue (pellicule, montage manuel, etc.). Le numérique ne commence à impacter réellement le cinéma africain qu’à partir de la fin des années 1990 et surtout dans les années 2000, avec l’arrivée de caméras numériques plus abordables et du montage assisté par ordinateur.

En Outre, bien qu’audacieux, le fondateur n’avait ni la formation cinématographique ni les réseaux du milieu. Il était juste un businessman qui avait détecté en ce secteur un potentiel de rentabilité. L’élan de CINAFRIC est véritablement stoppé par les réalités de l’époque. Une époque où la production burkinabè rencontre une sérieuse difficulté d’accès au marché. Les films ne parviennent pas à être rentabilisés ni au Burkina ni sur le continent africain faute de l’absence d’un marché structuré pour la distribution et l’exploitation des films. Aussi, le fonds de développement du cinéma peinait à remplir ses promesses ; CINAFRIC est laissé à elle-même. Un nombre élevé de films produits par an joint à une bonne gestion auraient permis à la société de rentabilisé. Mais hélas, la première expérience de société privée de cinéma reste toujours en hibernation.

Yaya TRAORE (Collaboration) ©www.noocultures.info

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