Collaborations culturelles Nord–Sud : repenser les équilibres, tracer de nouveaux chemins

Plus équitables, plus autonomes, et plus porteuses de sens.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Organisé dans le cadre des 25 ans d’Africalia, en partenariat avec Le Forum Culturel, le panel tenu ce samedi 12 juillet 2025 a rassemblé des voix critiques et engagées autour d’une question centrale : comment imaginer des collaborations culturelles Nord–Sud plus équitables, plus autonomes, et plus porteuses de sens ?

Pendant plus d’une heure, trois personnalités aux parcours pluriels à savoir Patrick Mudekereza (RDC), auteur et curateur, directeur du Centre d’art Waza, Leslie-Yosra Lukamba (Belgique), analyste en politique publique et fondatrice de l’ASBL “I See You”, et Dorcy Rugamba (Rwanda), directeur de Rwanda Arts Initiative et de la Triennale de Kigali, ont partagé constats lucides, expériences concrètes et pistes pour transformer un système jugé encore déséquilibré. La discussion était modérée avec rigueur par la journaliste camerounaise Jeanne Ngo Nlend.

Le premier constat posé est celui d’un déséquilibre structurel. Les ressources financières, les leviers décisionnels et les récits dominants restent majoritairement concentrés dans les pays du Nord, quand bien même les projets portent sur des territoires et des enjeux africains.

Patrick Mudekereza a dénoncé « la lourdeur et les injonctions administratives » imposées dans nombre de programmes internationaux. Pour lui, ces logiques « ne tiennent pas compte des réalités locales, et installent une forme d’éloignement éthique entre les porteurs de projets et les bailleurs. »

Même son de cloche chez Leslie-Yosra Lukamba, qui appelle à « regarder en face le déséquilibre d’accès aux ressources ». Elle critique notamment les mécanismes qui permettent à des structures du Nord de capter les financements pour des projets implantés dans le Sud, tout en marginalisant les porteurs locaux.

Vers un nouveau paradigme de coopération

Loin de se limiter au constat, les intervenants ont plaidé pour des alternatives concrètes. Dorcy Rugamba a cité l’exemple de la Triennale de Kigali, financée principalement sur fonds publics nationaux. Une démonstration qu’il est possible de relocaliser la décision artistique et d’assumer une souveraineté culturelle endogène.

Autre piste : le renforcement des structures locales, pour passer de la dépendance à la professionnalisation. Tous ont également insisté sur la nécessité de diversifier les partenariats, en valorisant notamment la coopération Sud–Sud avec des acteurs du Brésil, d’Asie ou du Moyen-Orient, moins marqués par les logiques néocoloniales. En filigrane, une exigence : que les artistes africains « imposent leurs priorités, négocient à hauteur de leur réalité, et sortent de la logique de gratitude » longtemps intériorisée face aux partenaires étrangers.

Pour aller plus loin, les panélistes ont appelé les États africains à jouer pleinement leur rôle. Il ne peut y avoir de secteur culturel solide sans cadre législatif incitatif, sans infrastructures de production et de diffusion, ni sans politiques publiques claires. « Ce n’est pas aux bailleurs de suppléer à l’absence de vision publique, mais de la renforcer quand elle existe », a insisté Patrick Mudekereza. Une position partagée par Dorcy Rugamba, pour qui « les artistes ne peuvent pas porter seuls l’ambition culturelle d’un continent ».

Loin des discours consensuels, ce panel a permis de formuler des principes clairs : transparence budgétaire, co-construction réelle, reconnaissance du travail artistique, et dialogue entre égaux. Pour Leslie-Yosra Lukamba, « La seule raison qu’il y a à négocier un budget, c’est que tout le monde puisse s’assurer de vivre bien ». À l’heure où les appels à projets internationaux se multiplient, où les partenariats se mondialisent, cette conversation ouvre un espace salutaire de réflexion. Car repenser les relations culturelles entre Afrique et Europe, c’est aussi refuser les asymétries héritées, pour construire un avenir créatif, souverain et solidaire.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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