Femmes en scène : en Afrique, créer comme on résiste

Pour une femme artiste en Afrique, monter sur scène n’est jamais un geste anodin.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Le 55ème numéro du Forum Culturel de noocultures.info, organisé en ligne ce 14 mars 2026, en partenariat avec le MASA, a réuni des créatrices de Madagascar, du Bénin, de Tunisie et d’Algérie. Au-delà des disciplines et des frontières, une conviction traversait chaque prise de parole : pour une femme artiste en Afrique, monter sur scène n’est jamais un geste anodin. C’est une conquête, un acte d’affirmation, parfois même un acte de courage.

Dans un environnement professionnel où les déséquilibres de genre restent la norme, affirmer sa voix est un défi permanent. Pour Leila Assas, qui modérait cette rencontre virtuelle, l’enjeu dépasse largement la performance artistique. Créer ou transmettre revient à nommer les réalités sans détour, transformant l’acte de création en un geste de résistance et de grâce. Cette nécessité de dire se heurte pourtant à un obstacle insidieux que toutes les intervenantes ont identifié comme le premier verrou à faire sauter : l’autocensure.

Déconstruire les silences et les chaînes invisibles

La metteuse en scène béninoise Nathalie Hounvo Yékpé souligne à quel point l’éducation pèse sur le parcours des créatrices. En apprenant aux femmes que la vertu réside dans le silence, la société installe un carcan qui finit par être intériorisé. Cette « envie de plaire » ou cette peur de la stigmatisation sociale, observée notamment lors des débats sur les droits reproductifs au Bénin, montre que le système réussit parfois à faire porter aux femmes leurs propres chaînes. Le théâtre intervient alors comme l’outil de rupture capable de transformer ce mutisme imposé en une parole publique et assumée.

Cette lutte contre l’effacement trouve un écho particulier dans le travail de la Tunisienne Nora Gharyéni. En choisissant d’investir la langue tamazight, elle refuse la disparition d’un pan de son identité. Pour elle, le corps de la femme sur scène devient malgré lui un écran de projections et de fantasmes pour le public. L’équilibre de l’artiste réside alors dans sa capacité à préserver son ancrage intérieur sans laisser sa légitimité dépendre uniquement d’un regard extérieur souvent chargé de préjugés.

Documenter pour exister et transmettre

L’autre grand défi de cette visibilité réside dans la pérennité des parcours. La chorégraphe malgache Judith Olivia Manantenasoa rappelle avec force que l’absence d’archives condamne les créatrices à une forme d’invisibilité historique. À Madagascar comme ailleurs, la richesse des pratiques ne bénéficie pas toujours d’une trace écrite ou documentaire. Sans archives, la mémoire s’efface et les générations suivantes manquent de modèles sur lesquels s’appuyer. Il ne s’agit pas seulement de transmettre oralement, mais de produire une documentation rigoureuse pour asseoir la légitimité des parcours féminins dans le temps long.

Cette exigence de mémoire doit s’accompagner d’une transformation structurelle des institutions. La parité dans les programmations ou les marchés comme le MASA (Marché des Arts du Spectacle africain d’Abidjan) ne doit pas être une simple question de quota, mais une condition nécessaire pour lever les freins qui entravent encore l’accès des femmes aux grandes scènes. Car c’est bien là que tout se joue, sur scène, dans le geste, dans la voix qui prend la parole et refuse de se taire.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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