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La Tunisie s’accorde au tempo du jazz mondial

www.noocultures.info – Jazz’it Festival, nouveau rendez-vous musical dans le paysage tunisien, se veut une célébration vivante du jazz dans toute sa richesse expressive, mêlant finesse, force et inventivité.
C’est à la Cité de la Culture Chedli Klibi, à Tunis, qu’a été annoncée la naissance du Jazz’it Festival, un tout nouveau rendez-vous musical qui ambitionne de s’inscrire durablement dans le paysage culturel tunisien et régional. Porté par Jazz’it Records, premier label de jazz fondé en Tunisie en 2020 par le musicien Malek Lakhoua, le festival se déroule du 29 au 31 mai 2025 au Théâtre des Jeunes Créateurs.
L’initiative s’inscrit pleinement dans la dynamique culturelle locale et résonne avec les valeurs portées par la Journée internationale du jazz, célébrée chaque 30 avril à l’initiative de l’UNESCO : « mettre en lumière le rôle universel, diplomatique et fédérateur de cette musique, pont entre les peuples et espace de liberté d’expression»
En Tunisie, l’intérêt pour le jazz va crescendo. Genre à la fois exigeant et accessible, riche d’héritages et de métissages, il séduit un public élargi, curieux et passionné. C’est dans cet élan que le Jazz’it Festival déploie une programmation ambitieuse, pensée pour les amateurs, les mélomanes, les professionnels comme pour les curieux, dans un esprit de découverte et de transmission.
Pour Malek Lakhoua, directeur du festival, il s’agit avant tout de créer un espace d’expression pour les artistes tunisiens et internationaux, mais aussi un lieu d’apprentissage pour les jeunes générations : un véritable vivier d’échanges musicaux et humains. La musique, dit-il, est à l’image de l’eau potable : une nécessité, et non un luxe. C’est cette conviction qui guide la première édition du Jazz’it Festival, imaginée comme un moment riche en rencontres, en émotions, en partages.
Le festival se veut aussi un tremplin pour la nouvelle scène jazz tunisienne, et entend inciter la diaspora à revenir, à renforcer l’ancrage du jazz dans le patrimoine culturel tunisien.
La mémoire collective ainsi que les enjeux culturels et socio-économiques ont été au cœur des échanges lors de cette conférence, notamment à travers l’évocation du Tabarka Jazz Festival, pionnier dans la région et symbole de résistance culturelle. Fondé pour revitaliser une zone en crise, il demeure un modèle de développement local par la culture. Cela rappelle combien ces festivals, même lorsqu’ils s’éteignent, laissent des traces durables dans la mémoire culturelle et sociale. Si certains n’ont pas survécu aux aléas économiques ou politiques, leur contribution à la mémoire collective reste fondamentale. Chaque initiative posée est une pierre dans l’édifice d’un patrimoine vivant.
Le jazzman Pietro Vaiana a souligné l’importance de nouer des ponts avec les scènes et les labels internationaux, à l’instar de l’expérience conjointe de Jazz’it Records et d’Igloo Records. Il a également rappelé l’ancrage du jazz en Tunisie à travers des figures comme Wajdi Riahi, jeune pianiste et brillant ambassadeur du jazz tunisien, qui incarne l’énergie créative portée par la nouvelle génération. Kyle Schafer est quant à lui revenu sur son expérience et sur le processus de création de Tunisian Vibes, un projet qui vise à bâtir un pont culturel. Il s’agit de capter l’essence sonore et musicale de la Tunisie – ce que l’on entend dans la ville, ce qui en émane naturellement et de voir comment on peut l’interpréter, l’improviser, la transformer. C’est cela, l’idée de la « Vibes ».
Une programmation de haut vol
Le Jazz’it Festival mettra en lumière plusieurs figures majeures du jazz international. Le saxophoniste belge Pierre Vaiana, fidèle à son univers sensible et poétique, présentera son nouvel album Camera Obscura, un hommage à sa patrie d’origine, la Sicile, paru sur le label partenaire Igloo Records.
La scène accueillera également, pour la première fois en Tunisie, le saxophoniste canadien Seamus Blake, reconnu pour son jeu inspiré et singulier. Il partagera la scène avec Moncef Genoud, pianiste suisse d’origine tunisienne, considéré comme l’une des figures majeures du jazz européen.
Le festival sera aussi l’occasion de découvrir des projets discographiques inédits, notamment lors d’une soirée dédiée aux vinyles du label hôte, Jazz’it Records. Le batteur Mourad Benhammou présentera Silk & Soul le vendredi 30 mai. Le pianiste américain Kyle Schafer dévoilera quant à lui Tunisian Vibes, un album qui réinterprète avec audace des standards de la musique tunisienne, dans un dialogue entre traditions et modernité.
Et ce n’est pas tout : pour la première fois à Tunis, la légende vivante du jazz contemporain Mark Whitfield offrira un concert exceptionnel. Guitariste à la technique magistrale et au lyrisme profond, il promet un moment inoubliable pour tous les passionnés de jazz.
Au-delà des concerts, le Jazz’it Festival proposera plusieurs espaces d’apprentissage et de partage : une masterclass pour saxophonistes animée par David Sauzay ; une conférence du guitariste Mark Whitfield ; une initiation à la guitare jazz ; des ateliers sur les secrets de cette discipline. Ces initiatives visent à nourrir un écosystème créatif, à faire circuler le savoir entre artistes, étudiants, amateurs et curieux, et à inscrire la culture dans une dynamique vivante de création et de transmission.
La question de la mémoire musicale a également été abordée avec émotion. C’est pourquoi le défi de documenter, filmer, archiver les concerts pour les transmettre aux générations futures a été souligné comme un enjeu central. Pietro Vaiana a partagé son expérience au Conservatoire de Liège dans les années 1970, où, sous la direction du compositeur Henri Pousseur, jazz, musique classique et musique électronique coexistaient. Une époque d’ouverture balayée avec le départ du directeur, illustrant la fragilité des avancées culturelles en l’absence de stratégie de pérennisation.
La conférence s’est clôturée par un moment suspendu : un prélude musical offert par Pietro Vaiana et Kyle Schafer autour du projet Tunisian Vibes, donnant un avant-goût éloquent de ce que réserve cette nouvelle aventure jazzistique en Tunisie.
Leïla ASSAS (Collaboration), Envoyée spéciale à Tunis ©www.noocultures.info








