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Mourad Benhammou au Jazz It Festival : une odyssée rythmique entre héritages et horizons

www.noocultures.info – Pour sa deuxième soirée, le Jazz It Festival de Tunis a mis à l’honneur une figure emblématique du jazz européen : le batteur franco-algérien Mourad Benhammou. Accompagné de son quintet Mourad Benhammou & His Soulful Drums, il a dévoilé en avant-première son nouvel album live, Silk and Soul, paru chez Jazz It Records. Ce concert inédit, empreint d’une intensité musicale et humaine rare, a offert au public une performance d’une grande richesse expressive.
Dès les premières mesures, le public était conquis. Avec « Haitian Lady », l’atmosphère s’installe dans une gravité lumineuse. Le morceau, porté par un rythme souple et une tension retenue, témoigne d’une maîtrise sensible. La batterie, tout en finesse, trace une trame rythmique dense mais aérée, laissant place aux interventions du vibraphone de Nicholas Thomas. Benhammou ne se contente pas d’accompagner : il sculpte l’espace sonore avec précision.
Le titre « Inchallah Ghaza » fut l’un des sommets émotionnels de la soirée. Dans ce morceau engagé, les lignes mélodiques et harmoniques dessinent une prière musicale douloureuse et solidaire. Loin de l’emphase démonstrative, la musique témoigne ici d’un souci d’expression sincère, où le jazz devient vecteur d’un message de paix et de résistance. L’orgue de Oscar Malkioni, presque liturgique, soutient une progression dramatique ponctuée de silences parlants, tandis que la batterie, par ses ruptures et ses relances, semble mimer le souffle d’un peuple debout.
Avec « Soul Woman », le concert prend une tournure plus incarnée. Cette pièce, à mi-chemin entre la ballade et le groove soul, célèbre la féminité avec une sensualité retenue. Le saxophone de David Sauzay y livre des phrases chaudes, presque chantées, et le vibraphone ajoute une douceur planante à l’ensemble. Le public, manifestement transporté, a réagi par une écoute active, suspendue. C’est là que le lien entre jazz et soul prend toute son ampleur : une musique du ressenti, de la vibration intérieure.
Enfin, le morceau « Silk and Soul », titre du dernier album du quintet, a clos la soirée sur une note de raffinement. Véritable manifeste de l’esthétique défendue par Benhammou, ce morceau fait dialoguer la structure du jazz post-bop avec des textures orientales suggérées. Le tapis rythmique, complexe mais fluide, met en valeur l’alchimie entre les musiciens, tissée dans la confiance et la complicité. L’orgue s’y déploie avec une puissance maîtrisée, tandis que la guitare de Yoan Fernandez improvise avec une élégance nonchalante.
Né en France, nourri de jazz, de soul, de funk et de rock, mais aussi habité par les musiques arabes celles de Warda, Abdelwahab ou encore Farid El Atrache, ainsi que par les musiques algériennes comme le malouf constantinois, il propose un jazz de filiation, mais jamais figé. À Tunis, cette dimension était palpable : jouer ici, sur une scène africaine, portait en soi un retour symbolique, presque initiatique, dit-il.
Le concert de Mourad Benhammou à Tunis fut bien plus qu’une simple performance musicale : il s’agissait d’un acte poétique, politique et intime. Par la rigueur de son jeu, l’originalité de sa formation où l’orgue et le vibraphone trouvent une place rare et la cohérence de son univers sonore, le batteur confirme sa stature de passeur entre continents, générations et sensibilités. Une musique ancrée, vivante, profondément humaine. Ce qui frappe dans la prestation de Mourad Benhammou, au-delà de sa virtuosité rythmique, c’est sa quête constante de sens et de relation.
Leïla ASSAS (Collaboration), Envoyée spéciale à Tunis ©www.noocultures.info








