Musiques traditionnelles algériennes : Entre folklorisation et résilience

Bien que ces musiques connaissent une popularité croissante avec des fusions variées et de nombreuses opportunités dans l’industrie musicale en Algérie, des questions critiques subsistent quant à la réception de ce genre et à sa pérennisation.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) …

www.noocultures.info – Il est généralement admis que la musique traditionnelle englobe toute production musicale orale et populaire associée à une culture régionale, nationale ou ethnique. Bien que ces musiques connaissent une popularité croissante avec des fusions variées et de nombreuses opportunités dans l’industrie musicale en Algérie, des questions critiques subsistent quant à la réception de ce genre et à sa pérennisation.

Bien que les musiques traditionnelles en Algérie continuent d’évoluer dans leurs milieux conventionnels, elles gagnent en importance sur la scène « professionnelle » (terme à utiliser avec prudence). Souvent placées sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts, qui initie diverses actions et festivals régionaux pour les préserver, ces musiques font face à des difficultés importantes, notamment la question du statut de l’artiste. En aout 2022, le ministère a mis en place la Commission Nationale chargée de l’élaboration du projet de loi relatif au statut de l’artiste en Algérie, dans le cadre des mesures visant à soutenir et promouvoir les arts ainsi que le rayonnement culturel.

Bien que l’Office National des Droits d’Auteur et des droits voisins (ONDA) assure, via son programme d’adhésion, la titularisation et la régularisation du statut de l’artiste, les critères d’éligibilité demeurent exclusifs, excluant de facto les artistes en dehors de la sphère professionnelle. Sidamma, une chanteuse excellant dans la musique Hassani de la région de Tindouf, explique que sans la carte d’artiste, elle ne peut cotiser pour sa retraite, se retrouvant ainsi dans une situation délicate. Elle croise souvent des images d’elle dans des magazines qui couvrent l’actualité culturelles algériennes, la mettant en scène, sans légendes, sans mise en contexte, sans texte. Elle devient en ce sens, un ornement, une image pour « meubler ».

Pour de nombreux artistes traditionnels, la seule alternative souvent disponible est d’amuser les touristes pour des cachets modestes, sans perspective de carrière. Bassaoud, musicien de Timimoun, déplore le manque d’opportunités et découvre le monde du studio grâce à l’initiative d’artistes professionnels de divers horizons, tels que le blues, la pop ou encore le jazz, qui l’entraînent dans l’univers de la fusion. « Bassaoud Zoubir chante depuis plus de trente ans. D’ailleurs, en pensant au nombre d’artistes, producteurs, journalistes qui ont transité par son oasis, je suis étonné qu’un artiste comme lui, n’a suscité aucun intérêt. Bassaoud est resté ce musicien local qui anime des soirées improvisées », fustige Adnan Benaouicha, l’un des membres de Basaou Chords Project, le projet qui place Bassaoud au cœur d’une production musicale mêlant musique traditionnelle zénete du Gourara (sud-ouest de l’Algérie) aux sonorités modernes.

Le Folklore et ses aléas

Souvent présentés sous des termes génériques tels que « troupes folkloriques » plutôt que par leurs noms d’artistes ou de groupes, les artistes des musiques traditionnelles souffrent d’invisibilité et sont victimes de la folklorisation de leur image. Si jadis le folklore était défini comme l’étude de l’ethnomusicologie, le terme subit de nos jours une connotation péjorative, renvoyant à la notion de sous-culture et d’arts primaires, archaïques, obsolètes, dépassés par rapport aux arts appliqués, universels, reconnus et porteurs d’éternité. Cette imagerie limite considérablement les marges de manœuvre et la visibilité des artistes des musiques traditionnelles.

« Nous sommes souvent, à quelques exceptions près, présentées comme la troupe féminine d’Ahalil en référence au genre musical majeur que nous chantons, or, notre troupe s’appelle Bnat el Maghra (Les Filles de Maghra). Cela me désole d’autant plus que je chante depuis plus de 30 ans », confie Fatna Dahmani, vocal lead du groupe. La doyenne Fatna a été à l’affiche du documentaire « Les Divas du Taguerabt » de Karim Moussaoui (2020), un documentaire mêlant biopic et fiction, interrogeant ce qui se rapproche d’un opéra dans l’imaginaire collectif algérien. Bnat el Maghra ont eu droit à leurs noms au générique, une reconnaissance rare qui réjouit les artistes.

Bien que les musiques traditionnelles continuent d’occuper une place prépondérante dans le répertoire musical national, la question de leur pérennité dans la sphère traditionnelle et sur scène devrait être au cœur des préoccupations des parties prenantes officielles (institutions, pouvoirs publics, corporations) et des communautés traditionnelles détentrices.

En plus de constituer un héritage immatériel et un marqueur identitaire, les musiques sont également « un levier de développement durable » qu’il convient de repenser en Algérie.

Leila ASSAS

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