« Sœur d’ange » : l’expression du mal-être de la femme

www.noocultures.info – Un fond noir qui vient accentuer l’ambiance mélancolique que ravivent déjà ces rayons de lumière jaunâtre qui jaillissent sur la scène.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Un fond noir qui vient accentuer l’ambiance mélancolique que ravivent déjà ces rayons de lumière jaunâtre qui jaillissent sur la scène. En face, un public qui se pose toutes les questions possibles. Pour la mise en scène de « Sœurs d’ange » à l’institut français de Cotonou ce 28 janvier 2023, une pièce de Afi Gbegbi, Mariame Darra la metteuse en scène a  misé sur deux univers pour téléporter le public. Un espace scénique assez évocateur, un univers sonore glauque et la messe est dite.

La scène est couverte de sable jonché d’objets improbables sur laquelle  git près d’une dizaine de tombes. Nous sommes dans un cimetière. Les lumières s’éteignent. L’obscurité prend possession de la scène et du public.  Dans cette pénombre qui va caractériser tout le spectacle, émergent trois silhouettes. Ce sont des femmes. Les femmes de « monsieur LE ». Leur parure en dit long sur leur intention. En effet, cette tunique de rayures bleue-rouge et ce short rouge qu’elles portent est une tenue de guerre des agoodjiés (femme amazone), soldat d’élite du royaume de Dahomey.

Un corps militaire uniquement féminin qui a laissé des souvenirs douloureux à l’armée française pendant la résistance du roi GBEHANZIN. Elles sont venues perturber une fois encore « Monsieur LE » dans son sommeil éternel. Car, pour elles, ‘’LE’’ ne mérite pas un repos, même pas celui d’un laps de temps après sa mort. ‘’LE’’ leur mari est un collectionneur de femmes vierges. Loin d’être un havre de paix pour ses épouses qu’il a précocement marié,  ‘’LE’’ est un bourreau qui se sert de ses femmes comme bon lui semble. Il n’est pas rare de voir ‘’LE’’ proposer ses femmes à des amis afin de gravir des échelons professionnels. Dans leur tenue de guerre, elles sont venues prendre la parole et briser l’omerta imposé par ‘’LE’’. Elles fument, boivent et chantent pour une liberté retrouvée.

Un combat contre les ‘’LE’’

Mariame Darra précise et insiste : la pièce n’est pas un combat contre les hommes mais un combat contre tous les harceleurs, les partisans du mariage forcé, les violeurs et tous ceux qui voient la femme comme sexe inférieur. Ainsi, la scène sonne comme un cri de détresse et d’engagement à la fois.  Entre fougue et détermination farouche, le message est là. Il se trouve dans ces pas assurés et dans cette voix rauque des comédiennes qui prennent la charge de dire à voix haute ces non-dits, de mettre au goût du jour toutes les souffrances de ces femmes qui vivent sous l’ombre oppressante de l’homme.  

Nous sommes des femmes au même titre que les hommes, ce n’est pas un combat contre les hommes mais c’est pour le vivre ensemble

Mariame Darra

« « Sœur d’ange » c’est déjà la sororité entre les femmes. C’est un spectacle qui donne la parole aux femmes à qui on ne donne pas le droit d’exister et qui, pourtant ont des rêves, qui, pourtant ont des projets. A Toutes ces femmes qui ont des larmes qu’elles n’arrivent même pas à verser» indique la metteuse en scène. « Nous avons choisi ce texte parce qu’on constate que le droit des femmes est en chute libre. Il y a des politiques, mais entre la parole et ce qui est fait,  il y a un grand fossé. Et c’est important pour nous de rappeler que nous existons. Nous sommes des femmes au même titre que les hommes, ce n’est pas un combat contre les hommes mais c’est pour le vivre ensemble » a-t-elle ajouté avec conviction.

La magie de la  lumière…le pouvoir d’un univers sonore

Comment produire sur scène, devant un grand public, des faits qui se sont déroulés dans un cimetière entre 00 heure et 06 heures du matin ? Comment transmettre les sensations que peuvent traverser des femmes qui se retrouvent au cimetière à une telle heure au public ? Devant cette équation à plusieurs inconnus, Mariame et sa suite ont trouvé la bonne formule : la lumière et le bruitage sans oublié la maitrise de l’espace scénique par les comédiennes. « A un moment donné j’ai cru que j’étais vraiment au cimetière encore que nous somme juste à quelque mètres du cimetière PK14, j’ai vraiment peur maintenant », Jules-christ, 17 ans n’est pas le seul dans le cas.

Mariame Darra, metteuse en scène de « Sœurs d’Ange » ©Forèz / Germes de Pensées

Du début jusqu’à la fin du spectacle, les émotions se suivaient et se multipliaient. Entre les cris stridents, roques et vacillants des oiseaux, l’aboiement lointain des chiens et les grondements intempestifs du tonnerre, le public n’a pas de repris. « J’ai trop crié. A un moment donné mon fils a commencé par à avoir peur, moi aussi » a tenu informer Justine. Pour le poète français Victor HUGO, « tout est langage au théâtre, les mots, les gestes, les objets. Il n’y a pas que la parole », et sur scène, la parole était juste complémentaire. L’un des secrets de la réussite de ce spectacle est la gestion de l’espace scénique et le gestuel. Evoluaient sur scène des comédiennes qui ont fait corps avec le texte, elles transmettaient le texte non seulement par la parole mais surtout par le regard et le mouvement de leur corps.

Nous avons été face à des combattantes des guerrières qui montrent que pour trouver le bout du tunnel, il faut marcher tout seul 

Sèdjro Giovanni Houansou, dramaturge

Un spectacle au point nommé

Dans un environnement où la femme continue d’être sous l’ombre de certains hommes qui, malgré les multiples actions continuent de chosifier la femme, il est important de monter le ton et de raviver la lutte pour l’émancipation de la femme. Le théâtre étant une tribune, le spectacle Sœurs d’ange est donc un prétexte pour reconsidérer les textes qui régissent les droits de la femme et son application pour une réelle émancipation de la femme. Du point de vu des thématiques abordées, ce spectacle est une belle proposition pour une nouvelle ère pour l’application réelle des droits de la femme. Aussi, est-il une source de motivation chez certaines femmes qui continuent de souffrir les martyrs.

« La metteure en scène se basant sur les écrits de l’auteure, a voulu défendre la place de la femme, la porter vers une sorte de libération. Elles quittent la position de victime à la position de personne libérée. Mais il a fallu pour cette libération qu’elles mènent le combat elles-mêmes, mieux qu’elle mènent le combat contre elles-mêmes donc affronter la nuit, affronter le cimetière, affronter la peur, tout ça a fait que nous avons été face à des combattantes des guerrières qui montrent que pour trouver le bout du tunnel, il faut marcher tout seul » fait remarqué le dramaturge Sèdjro Giovanni Houansou.  Intriguant par ses thématiques et fascinant grâce à sa représentation, sœurs de sang est une infaillible que homme et femme peuvent utiliser pour exténuer les hommes comme ‘’LE’’!

Fiche technique :

Sœurs d’Ange
Autrice : Afi Woetomenyui GBEGBI (Togo)
Mise en scène et direction artistique : Mariame DARRA (Bénin)
Scénographe Accessoiriste : Rouquaïya Yasmine YERIMA (Togo)
Régie Lumière et Son : Carlos Boris DOSSEH (Bénin)
Maquilleuse et Assistante : Rasmata SOULEYMANE (Niger)
Comédienne 1 : Leirisse Hérédia HODONOU (Bénin/Togo)
Comédienne 2 : Dovénin E. ILarie AMAH (Bénin)
Comédienne 3 : Belle Tiphaine Adjoa AMEGBEDJI (Bénin)

Raoul Nana DONVIDE (Collaboration) ©www.noocultures.info

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