Le vernissage de trois expositions dans trois espaces différents de Ouagadougou, les 17, 18 et 19 novembre 2022, constitue la phase pratique du projet PINAL. Mis en œuvre par le Goethe-Institut Burkina Faso, le projet a permis, durant 12 mois, d’initier dix (10) acteurs culturels burkinabè au commissariat d’exposition. Ils maitrisent déjà bien leur …
Burkina Faso : Avec « PINAL », le Goethe-Institut s’engage pour la professionnalisation des curateurs
Le vernissage de trois expositions dans trois espaces différents de Ouagadougou, les 17, 18 et 19 novembre 2022, constitue la phase pratique du projet PINAL. Mis en œuvre par le Goethe-Institut Burkina Faso, le projet a permis, durant 12 mois, d’initier dix (10) acteurs culturels burkinabè au commissariat d’exposition.
Ils maitrisent déjà bien leur nouvelle fonction. Le 17 novembre 2022, à l’espace culturel Gambidi de Ouagadougou, les désormais « commissaires d’exposition » Saidou Alceny Barry, Claude Kira Guingane, Mariam Sougue et Toussaint Dossa, n’ont aucun mal à retenir l’attention des centaines de personnes présentes pour le vernissage de l’exposition « FASOTOPIA 2075 », la première des trois expositions prévues pour marquer la fin du projet PINAL. Au nom du collège de curateurs, Claude Kira Guingané, par ailleurs directeur de l’espace Gambidi, a indiqué que « c’est notre première expérience en montage d’exposition, du début jusqu’au vernissage. Et nous pouvons le faire aujourd’hui grâce à cette initiative louable ».
L’initiative du Goethe-Institut Burkina Faso trouve ainsi écho et ces nouveaux commissaires d’exposition ou curateurs démontrent déjà sa pertinence. Que ce soit « FASOTOPIA 2075 », « Transversalité » pilotée par Mahamadi Ilboudo, Laurentine Marie Bayala, David Sanon et Benjamin Ouedraogo ou encore « D-Mission » coordonnée par Andal Traoré et François d’Assise Ouedraogo, les trois expositions du projet PINAL ont permis aux participants de démontrer leur savoir-faire acquis à travers des formations, des voyages d’études en Afrique de l’Ouest et en Allemagne.
« C’est un exercice pratique qui venait sanctionner la fin de la formation. Tous les participants ont participé à l’exposition et personnellement, je trouvais cela indispensable en ce sens qu’il nous a été donné de pouvoir joindre la pratique à la théorie, même si je montais déjà des expositions » confie Mahamadi Ilboudo. PINAL qui signifie « éveil » en langue fulfulde, prend alors tout son sens et marque l’engagement du Goethe-Institut Burkina Faso pour le développement de la filière « Arts plastiques ».
Eveil et réveil
« PINAL, c’est trois expositions en « UN » pour marquer la fin d’un parcours. Nous avons choisi ce thème pour montrer que c’est l’éveil, le réveil des arts plastiques au Burkina grâce à l‘avènement d’un maillon manquant qui est le commissariat d’exposition». Pour le critique d’art Alceny Barry, désormais « commissaire d’exposition », le projet vient donc combler un vide. Initiée en novembre 2021 par le Goethe-Institut Burkina Faso, cette formation modulaire sur le « Commissariat d’exposition » au profit des acteurs culturels Burkinabè vise à contribuer à la professionnalisation du métier. L’objectif, à en croire Martin Pockrandt, Directeur du Goethe-Institut Burkina Faso, est de mettre à la disposition du secteur des arts plastiques, des curateurs burkinabè capables d’exposer, de vendre et de défendre les artistes.
Conçue comme un incubateur dynamique, la formation a connu des cours théoriques dispensés par des commissaires d’exposition professionnels à l’instar de l’Allemande Katrin Peters-Klaphake, du Camerounais Yves Makongo ou de la Française Delphines Calmettes. «Nous avons été édifiés sur le rôle d’un commissaire d’exposition, qui est une personne qui organise une exposition ou un évènement culturel dans le cadre surtout des arts plastiques. Ensuite, nous avons été formés sur la conception et la présentation d’un projet au public, comment sélectionner les artistes avec lesquels nous voulons travailler dans le cadre d’un projet donné », explique Mariam Sougue, de la Galerie Kanudya, une des bénéficiaires.
Découvrir et se découvrir
Au-delà des formations théoriques, le projet a permis aux participants de participer d’assister à des expositions dans la sous-région ouest africaine et en Allemagne. C’est le cas de Mahamadi Ilboudo, conservateur du musée de la musique Georges Ouedraogo qui a participé, en juin 2022 à la documenta, exposition d’art moderne et contemporain qui se tient tous les cinq ans, à Cassel en Allemagne. Pour lui, l’expérience s’est montrée utile. « Nous avons échangé avec certains membres du commissariat d’exposition, les experts qui ont été commis à l’examen des candidatures pour le choix du commissariat d’exposition, des artistes. Nous avons également participé à des conférences et visité les expositions » confie-t-il avant d’ajouter « Je suis revenu de la documenta avec d’autres regard sur l’art et surtout le sens du détail dans la scénographie qui permet de sublimer les œuvres. Cela m’a conforté dans ma démarche de curateur ».
Le projet a également été l’occasion pour les participants d’interagir sur des initiatives communes. Ces moments de mise en commun, Mariam Sougue en garde de bons souvenirs. « Nous avons été répartis en trois groupes et on nous a laissé travailler ensemble pour imaginer et proposer ce que nous avions envie de montrer pour l’exercice pratique. Le thème général « PINAL », nous l’avons trouvé et argumenté ensemble. Ensuite, pour les sous-thèmes par groupe, chacun a pu diriger selon sa sensibilité. C’était un travail très collaboratif », se souvient-elle.

Interroger et s’interroger
Au final, les trois expositions proposées sont structurées en trois grandes parties qui peuvent se lire comme un cheminement : « Transversalité » qui questionne les pratiques ancestrales, « D-Mission » qui décrit l’art tel qu’il se présente aujourd’hui (oublié ou négligé) et « FASOTOPIA 2075 » qui est une projection de l’art burkinabè à l’horizon 2075. Cette démarche, entièrement imaginée et organisées par les néo-curateurs, prouve qu’ils sont prêts à se mettre à la disposition des artistes et du monde de l’art.
Car l’état actuel de l’art au Burkina Faso n’est guère reluisant. Au Goethe-Institut Burkina Faso le 19 novembre 2022, au vernissage de l’exposition « D-Mission », les artistes encadrés par les curateurs Andal Traoré et François d’Assise Ouedraogo l’ont si bien démontré. Pendant que le poète Majesty la parole fait « triste constat » et dénonce la démission des administrations publiques face aux œuvres burkinabè, le sculpteur Xavier Sayago s’inquiète, à travers ses œuvres de l’état d’abandon du secteur. Le peintre Issouf Diero, à travers une performance, a parfaitement illustré la situation de débrouillardise des artistes.
Mais l’espoir est permis. Et l’éveil, obligatoire, semble indiquer « PINAL ». En prenant le pari de contribuer à structurer un maillon important de valorisation de l’art, le Goethe-Institut Burkina Faso s’engage inéluctablement pour la professionnalisation de tout le secteur. « Le projet a eu le mérite d’informer l’opinion publique de la disponibilité de curateurs formés et compétents à même de pouvoir assurer la curation de plusieurs événements. Aussi, les espaces qui ont accueilli les expositions ont grâce aux projets, amélioré leur visibilité à travers de belles expositions auxquelles le public n’a pas marchandé sa participation », résume Mahamadi Ilboudo.
Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info






