Ibrahim Khalil Touré, peintre-designer : Masque, ô mon beau masque !

Né au plein cœur de la commune populaire d’Abidjan, Abobo (plus d’un million d’habitants), précisément dans le sous quartier chaud de Marley le 2 février 1997, Ibrahim Khalil TOURÉ s’est vite entiché du travail des sculpteurs installés au coin de la ruelle qui jonche le domicile familial.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle …

www.noocultures.info – A Abidjan, on dirait qu’il « n’est pas seul dans la tête ». Le travail d’Ibrahim Khalil Touré, un amoureux de sculptures, devenu « peintre-designer » et entrepreneur culturel, est éclectique. Ibrahim n’est pas historien des arts africains. Il n’est non plus antiquaire. L’histoire des masques, ce n’est pas son fort. Et pourtant…

Né au plein cœur de la commune populaire d’Abidjan, Abobo (plus d’un million d’habitants), précisément dans le sous quartier chaud de Marley le 2 février 1997, Ibrahim Khalil TOURÉ s’est vite entiché du travail des sculpteurs installés au coin de la ruelle qui jonche le domicile familial.

Il est toujours présent dans l’atelier des artisans et au fil des années, il semble avoir trouvé ce qu’il cherchait. « J’essaie de faire un retour dans le passé pour mieux m’orienter. Je tente de démystifier l’image, l’idée que les Africains ont de leur culture, de leurs masques », énonce-t-il. Il décide de travailler avec les sculpteurs, mais à sa façon.

Ibrahim imagine une manière de présenter le masque qui ferait moins peur. Il décide de rendre ces objets culturels et cultuels funs, smarts et swags. Comment avoir l’adhésion des personnes de sa génération, fortement influencées par internet et les réseaux sociaux et à qui le masque a été présenté comme une inspiration « du génie, du diable, de l’impie ? ».

La magie des couleurs

Son engagement artistique vise donc à annihiler de l’imaginaire collectif le concept de « kakamou », qui colle au masque pour faire peur aux enfants récalcitrants. Pour ce faire, il a recours à la couleur. Le jeune artiste applique la peinture sur les masques traditionnels sculptés en « bois blanc » et poncés par les artisans. Dans son atelier de Bingerville, située à la périphérie d’Abidjan,

il travaille selon « ses inspirations ». Ibrahim a un penchant pour les couleurs chaudes,
vives. Mais, il fait côtoyer toutes les teintes, pourvu qu’il en tire le résultat escompté. L’environnement cosmopolite et bigarré de la commune d’Abobo y trouve son influence, sa chaleur. Comme dans les oxymores adulés des Ivoiriens, « C’est mal doux », « c’est mal joli», « c’est mal propre », il ressort la beauté des masques considérés laids, effrayants. Comme le disait Courbet : « Le beau, c’est le laid ». En plus de jouer sur les couleurs, le créateur se concentre sur les designs et les messages véhiculés par chaque masque.

Toutefois, l’identité ou l’origine du masque (Dan, Baoulé, Gouro, Guéré, Sénoufo, Yacouba, Abbey, Attié) importe peu. L’objectif visé est de toucher davantage de jeunes. Le travail rendu est gai, épanoui. Et, le côté contemporain de ses productions lui donne cette liberté, cette folie de modeler des œuvres inspirées de la pure tradition, du sacré, pour en faire des objets accessibles, décoratifs, sans sous-entendus.

« En tant que jeunes africains, on n’a pas tendance à revenir vers nos cultures. Surtout la jeune génération. Et même ceux qui le font, ne s’intéressent pas aux masques. A travers mon écriture, je voudrais montrer une autre facette de ces masques car on s’en méfie pour des raisons mystiques ou religieuses. Il n’y a rien de mystique. Ces masques sont à nous et on doit se les approprier », soutient-il.

Ibrahim Khalil Touré à Abidjan ©Bintou Pékélé/RTI Infos

Si son expression artistique est, on ne peut plus, chaleureux, Ibrahim Khalil TOURÉ s’inspire de pas mal de créateurs. En effet, le peintre ivoirien Obou GBAI occupe une place importante dans son orientation artistique. Son travail de graffiti sur les façades des immeubles dans le cadre de l’opération d’embellissement de la commune d’Abobo, «Abobo est zô », (Abobo est belle) a convaincu Ibrahim. Obou, s’inspire des masques africains dans sa peinture, un peu comme Picasso, mais à la sauce ivoirienne, abidjanaise.

Le peintre franco-ivoirien Mika JONES, reste son idole. Pas principalement pour son travail
artistique, mais pour la même vision qu’ils ont de l’art : en faire une industrie, une source de revenu à grande potentialité. Fondateur de Art Africa creator, une plateforme numérique de l’art africain contemporain, Ibrahim est un entrepreneur culturel qui cherche à valoriser les artisans et artistes africains en créant un pont solide avec l’international. « The New Era Folks, we are the culture», son concept, vise à ouvrir l’esprit des jeunes africains afin qu’ils se posent des questions essentielles, sur leur identité, leur être.

Son travail est de plus en plus vu à Abidjan lors des expositions. Aussi, la chanteuse ivoirienne Dobet GNAHORÉ, dans « N’a Bita », son dernier clip vidéo, a fait confiance à ses masques. Le résultat est chatoyant. Au mois de mars, avril et mai, il prendra part, sous le label Art Africa Creator, à The Salon, une exposition organisée en Grande Bretagne.

L’enfant d’Abobo n’a pas pour autant la grosse tête. On dirait qu’il garde la tête froide, avec un calme olympien. Est-il en communication permanente avec ses masques ? Rien n’est moins sûr.

Amadou SANOU (Côte d’Ivoire) ©www.noocultures.info
Critique publiée dans le numéro 004 (juillet 2021) du magazine panafricain de critique d’art, NO’OCULTURES 

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