Espaces culturels burkinabè : le pari de la restructuration économique

Sortir d’une logique de survie. Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – À Abidjan, en marge du MASA 2026, dix responsables d’espaces culturels du Burkina Faso ont dressé le bilan des premiers mois du programme d’accompagnement initié par Africalia et dont ils sont bénéficiaires. Entre quête de viabilité et nouveaux outils de gestion, ces lieux essentiels à la création tentent de s’affranchir d’une logique de pure survie.

ENVOYÉ SPÉCIAL À ABIDJAN – Le 16 avril dernier, pendant que le MASA battait son plein, une réunion moins visible mais tout aussi stratégique se tenait à l’hôtel Ibis d’Abidjan. Dix responsables d’espaces culturels burkinabè s’y sont retrouvés pour faire le point sur un programme d’accompagnement de douze mois, initié par Africalia, mis en œuvre conjointement avec La Fabrique, et lancé en juillet 2025.

​Ce temps d’arrêt était nécessaire pour des structures qui, pour beaucoup, fonctionnent encore dans une forme de précarité. Au Burkina Faso, ces lieux sont pourtant les poumons de la vitalité artistique. Ils programment, accueillent et accompagnent les créateurs. Mais leur équilibre économique reste le maillon faible de la chaîne. « S’il n’y a plus de lieux pour accueillir la création ou pour diffuser les œuvres, c’est toute la chaîne de valeur qui s’effondre », rappelle Dorine Rurashitse, directrice d’Africalia.​

L’incubation comme levier de professionnalisation​

La particularité du dispositif repose sur l’implication de La Fabrique, un incubateur d’entreprises burkinabè. Ce choix marque une rupture avec l’accompagnement culturel classique en apportant une approche centrée sur la structuration et la viabilité. David Kobenan, coach expert à La Fabrique, souligne l’importance d’un tel accompagnement structuré. Selon lui, l’enjeu principal réside dans la capacité de l’espace à formaliser et diversifier ses sources de revenus, tout en préservant sa mission sociale. Cela implique de doter les équipes d’outils de gestion rigoureux, leur permettant de piloter la croissance de manière éclairée et de consolider ainsi la durabilité de l’espace.

Modèle économique, gouvernance, communication : les espaces ont été poussés à repenser leur fonctionnement. Pour Dorine Rurashitse, ce changement de paradigme est une urgence car on ne peut plus compter uniquement sur les subventions. « Il faut que ces lieux apprennent à générer leurs propres ressources et à nouer des partenariats locaux pour assurer leur survie à long terme », insiste-t-elle.​

Des prises de conscience sur le terrain

​Pour les participants, le programme a agi comme un révélateur. À Bobo-Dioulasso, les bénéfices se font déjà sentir au niveau de l’ingénierie marketing. Diane Laada, responsable administrative et financière d’Ankata (Laboratoire international de création et de recherche des arts de la scène) , évoque une meilleure compréhension des enjeux d’audience. « Nous savons désormais cibler et cartographier notre public, savoir comment l’approcher pour aussi attirer de nouveaux publics », explique-t-elle.​

À Ouagadougou, James Houenou, représentant de l’Atelier Théâtre Burkinabè (ATB), souligne une autre dynamique fondamentale, celle du collectif. L’accompagnement a favorisé des réflexions inédites sur la mutualisation des ressources et les collaborations possibles entre espaces concurrents, transformant la rivalité en synergie.​

Le MASA, un laboratoire à ciel ouvert​

La participation au MASA s’inscrivait pleinement dans cette logique de marché. Au-delà de la programmation artistique, l’événement a servi de terrain d’application pour les compétences acquises. Pour la directrice d’Africalia, le MASA représente l’occasion pour ces opérateurs de venir faire leur marché en voyant des spectacles, en contractant des artistes et surtout en réseautant à l’échelle internationale.​

À l’issue du programme, le défi sera de pérenniser ces acquis. Africalia est claire sur son positionnement. « Nous apportons les clés, mais ne conduisons pas le véhicule. Notre rôle n’est pas de faire à la place des acteurs locaux, mais de leur donner les outils nécessaires pour qu’ils soient les maîtres de leur propre développement culturel », conclut Dorine Rurashitse.

​Si les défis restent importants, le cap est désormais fixé. La souveraineté culturelle du Burkina Faso passera par la consolidation de modèles économiques capables de soutenir, durablement, la création et la diffusion artistiques.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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