​« Murer la peur » au MASA 2026 : le théâtre au risque du manifeste politique

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www.noocultures.info – Présentée à Abidjan, dans le cadre du MASA 2026, l’adaptation théâtrale du texte de l’écrivain mozambicain Mia Couto par Patrick Mohr occupe un espace inconfortable. Entre performance et manifeste contre le désarmement, le spectacle interroge la capacité du théâtre à déranger nos certitudes.

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ENVOYÉ SPÉCIAL À ABIDJAN – Œuvre difficile à classer, Murer la peur n’est ni une conférence-performance, ni une pièce à thèse, ni un concert. Le spectacle signé du Suisse Patrick Mohr s’installe précisément là où le théâtre se souvient de sa fonction politique et critique. Le point de départ est singulier. Il s’agit d’un texte de l’écrivain mozambicain Mia Couto, auteur de Terre somnambule. Ce texte, initialement conçu pour une conférence sur le désarmement à Estoril en 2011, se trouve ici arraché à sa vocation discursive pour être confié à des corps, des voix et des rythmes. Ce déplacement de genre constitue le premier geste politique du spectacle, et sans doute le plus décisif. À cette matière textuelle s’accumule une pléiade de palimpsestes et de références intellectuelles. Cinq comédiennes, musiciennes et danseuses accompagnées de trois musiciens brouillent constamment les frontières entre les disciplines. Le pari était risqué, mais il est tenu.

​Sur le plateau, la narration linéaire s’efface au profit de l’accumulation et du martèlement. Le mot « signalé » revient comme un coup de poing régulier. Il cherche moins à signifier quelque chose qu’à installer une atmosphère lourde, celle d’un monde où les alertes se succèdent sans jamais être entendues. Ce choix esthétique n’est pas sans évoquer Antonin Artaud (poète, romancier, acteur, dessinateur et théoricien du théâtre français), notamment sa vision de la parole comme un acte pur et physique. La scénographie fait écho à cette saturation. La musique live et la physicalité des comédiennes créent une tension constante, transformant la salle en une caisse de résonance des crises contemporaines. Cette polyphonie mondiale, des mouvements environnementaux aux scènes africaines, dit quelque chose de l’universalité des catastrophes annoncées. En installant cette urgence dans une pièce sur le désarmement, le metteur en scène étend son geste pour signifier que la violence économique est une violence au même titre que la guerre.

​L’intensité des corps face aux limites de la répétition

​Au cœur de ce dispositif, la comédienne malienne Maimouna Doumbia s’impose avec une présence d’une intensité rare. Elle porte les moments les plus tendus du spectacle avec une économie de geste et une plénitude vocale qui forcent l’attention. Sa performance livre quelque chose d’à la fois intime et monumental, une façon d’être complètement là, sans effet ni démonstration superflue. Le passage au bleu de travail marque un moment de bascule essentiel. Quand les comédiennes l’ôtent, quelque chose se déplace soudainement dans le rapport au corps, à l’exposition et à la vulnérabilité.​

Cette oscillation permanente entre le grave et le burlesque empêche toute lecture univoque de l’œuvre. L’humour, parfois absurde, n’est pas utilisé comme une simple respiration. Il s’impose plutôt comme une stratégie critique, dans la droite lignée de ce que Sony Labou Tansi (dramaturge, romancier et poète congolais) pratiquait dans ses pièces congolaises durant les années 1980. Le plateau devient alors un véritable champ de tous les possibles.​

On sort de Murer la peur avec une phrase, une image ou une irritation utile. Mais le spectateur repart aussi avec une interrogation tenace, celle de savoir jusqu’où l’urgence politique peut tenir lieu de dramaturgie. La répétition, dans ce contexte, n’est pas toujours un choix artistique conscient. Elle ressemble parfois à un manque de coupe dans le texte. Malgré ces fragilités et quelques inégalités de rythme, le spectacle prouve de manière nécessaire qu’une conférence théorique peut se transformer en une expérience scénique vibrante.

Leïla ASSAS, de retour d’Abidjan ©www.noocultures.info

MURER LA PEUR – De Mia Couto. Mise en scène, écriture, scénographie et conception : Patrick Mohr. Une création du Théâtre Spirale. Avec (Comédiennes, musiciennes et danseuses) : Ami Badji, Mame Diarra, GnagnaN’diaye, Cathy Sarr, Aissatou Syla, Maimouna Doumbia, Amanda Cepero et Lou Golaz

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