« Le théâtre africain est une quête perpétuelle de soi »

Dr Hamadou Mandé considère que « le théâtre est un enjeu de pouvoir ».Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – La première session des Dialogues du Laboratoire des Critiques Africaines s’est tenue le vendredi 15 mai dernier sous la direction du chercheur burkinabè Hamadou Mandé. Devant seize participants connectés depuis onze pays, l’intervenant a invité la nouvelle génération de critiques à penser la scène dramatique comme un espace de reconquête identitaire et de souveraineté.

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Le théâtre sur le continent dépasse la simple performance esthétique pour devenir un miroir de nos trajectoires historiques. Lors de l’inauguration des Dialogues du Labo, un programme initié par le Laboratoire des critiques africaines, le Dr Hamadou Mandé a d’emblée posé un diagnostic profond. Pour le chercheur burkinabè, la création dramatique contemporaine ne peut se comprendre hors de sa dimension existentielle. Il a ainsi rappelé que « le théâtre africain est une quête perpétuelle de soi ». Cette première session a permis aux participants d’analyser comment les scènes du continent naviguent entre les influences héritées et le besoin viscéral de définir leurs propres récits.

Cette recherche d’authenticité se heurte toutefois à des structures historiques complexes et hautement politiques. Le Dr Mandé considère que « le théâtre est un enjeu de pouvoir ». L’histoire coloniale et postcoloniale en donne des preuves manifestes. Le formateur a notamment évoqué le jalon temporel de l’année 1955. Cette période correspond au développement massif des Centres culturels français sur le continent. Selon le chercheur, ces espaces sont alors devenus des endroits dans lesquels la France va commencer à réaffirmer sa promotion en Afrique. Cette présence a durablement orienté les circuits de diffusion et les imaginaires des créateurs locaux.

Le piège de la dépendance financière

L’un des principaux obstacles à cette réalisation de soi demeure la dépendance économique du secteur vis-à-vis de l’Occident. Le directeur artistique du FITMO (Festival International de Théâtre et de Marionnettes de Ouagadougou) a dénoncé avec force le mécanisme pervers des subventions internationales. Il a résumé cette situation par une formule sans concession. « L’extérieur, avec les concours et les financements, contrôlaient notre théâtre. Pendant ce temps, nos dirigeants disaient puisque l’extérieur finance la culture, nous allons nous occuper d’autre chose. »

Capture d’écran des échanges entre Dr. Hamadou Mandé et les participants au Laboratoire des Critiques Africaines ©DR

Ce désengagement des politiques publiques locales a eu des conséquences dramatiques. En abandonnant le financement des arts aux bailleurs étrangers, les États africains ont involontairement privé leurs créateurs d’une totale autonomie de parole. Pour le Dr Mandé, briser ce cercle vicieux est une condition obligatoire pour que le théâtre africain retrouve sa pleine souveraineté.

La langue comme pilier de la reconquête

Le chemin vers l’émancipation passe également par une réappropriation des outils majeurs de la communication. Le chercheur a longuement insisté sur la dimension politique du choix des mots sur scène. Pour lui, « la reprise de nos langues est essentielle pour le succès du théâtre africain ». Cette démarche ne doit cependant pas être interprétée comme un repli identitaire ou un rejet de l’histoire. Le formateur a immédiatement nuancé son propos en précisant que « valoriser nos langues ne signifie pas renier la langue française ». Il s’agit plutôt de construire un espace de création plurilingue, capable de s’adresser prioritairement aux populations locales dans leurs réalités quotidiennes.

En refermant cette session dense, introduite par le coordinateur Eustache Agboton, le formateur a dessiné la feuille de route des jeunes critiques du Laboratoire. Accompagner la quête de soi du théâtre africain exige de développer un regard neuf et affranchi. C’est à cette seule condition que la critique pourra jouer son rôle de boussole au service exclusif du développement des industries créatives du continent.

Un programme panafricain en marche vers Ouagadougou

Ces échanges s’inscrivent dans le cadre du Laboratoire des Critiques Africaines 2026. Conçu comme nouveau modèle du Prix NO’OCULTURES de la Critique d’art en Afrique, et piloté par un consortium de structures coordonné par l’Association NORD OUEST CULTURES, ce programme de formation s’étale sur une durée de six mois. Il accompagne seize professionnels de l’information culturelle dans le perfectionnement de leurs outils d’analyse. Après cette phase de séminaires et de dialogues thématiques en ligne, la promotion se réunira pour une phase pratique cruciale. Les participants se retrouveront en octobre 2026 à Ouagadougou, au Burkina Faso, pour une résidence de critique immersive organisée en partenariat avec les Récréâtrales.

© www.noocultures.info
Crédit photos : ZANMA Photograph

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