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À Bobo-Dioulasso, Thomas Sankara revient par les objets, les archives et les imaginaires

www.noocultures.info – Présentée au Musée communal de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso le 28 avril 2026, l’exposition Thomas Sankara, le retour ne raconte pas seulement le parcours de l’ancien président burkinabè. Elle montre surtout comment, près de quarante ans après sa mort, sa figure continue de traverser les débats politiques, culturels et citoyens du Burkina Faso contemporain.
Les visiteurs entrent dans l’exposition par une phrase devenue presque prophétique : « La liberté de critiquer déclenche également la liberté de protester. » À elle seule, cette citation suffit à installer le dialogue que l’exposition cherche à provoquer entre passé et présent. Car Thomas Sankara, le retour ne se limite pas à un exercice de mémoire historique.
Le parcours interroge aussi la manière dont l’ancien président continue d’habiter l’imaginaire collectif burkinabè. Qu’il s’agisse des archives, des photographies, des objets personnels ou des récits biographiques, l’exposition construit progressivement une figure à la fois politique, symbolique et populaire.
Construire le récit Sankara
Le parcours retrace les grandes étapes de la vie de Thomas Sankara, notamment son enfance dans une famille de dix enfants, sa formation militaire au Prytanée du Kadiogo puis à Madagascar, ses débuts politiques, son emprisonnement et son accession au pouvoir à la suite du coup d’État de 1983.
Mais l’exposition ne s’arrête pas au récit historique. Elle insiste surtout sur les principes associés à son héritage comme la souveraineté, l’exemplarité, l’autosuffisance alimentaire, la valorisation culturelle ou encore l’engagement citoyen.
Plusieurs objets viennent matérialiser cette narration, à l’instar de sa guitare offerte par Omar Bongo Ondimba (ancien président du Gabon), de son arme personnelle ou encore de documents administratifs liés à sa disparition. Parmi eux, son certificat de décès mentionnant une « mort naturelle » constitue sans doute l’un des éléments les plus marquants du parcours. Présenté dans un contexte où les circonstances de son assassinat restent au cœur de la mémoire nationale, le document agit comme une pièce à forte charge symbolique.
Entre mémoire historique et réappropriation contemporaine
L’exposition cherche également à montrer comment certaines idées associées à Sankara trouvent encore des prolongements dans le Burkina Faso actuel.
Le port du Faso Danfani, les discours sur la souveraineté, l’attention portée à l’agriculture ou aux questions environnementales sont présentés comme autant de signes d’un retour de certaines références sankaristes dans l’espace public.
Cette lecture n’est toutefois pas neutre. Elle participe à la construction d’un Sankara contemporain, réinterprété à travers les attentes et les tensions du Burkina Faso d’aujourd’hui. Car si l’ancien président conserve une place singulière dans l’imaginaire politique africain, son héritage continue aussi de faire l’objet d’appropriations multiples, qu’elles soient citoyennes, institutionnelles, militantes ou panafricaines.
Une figure qui dépasse le musée
À travers cette exposition, le musée devient moins un espace de conservation qu’un lieu de circulation de la mémoire. Sankara n’y apparaît pas seulement comme un ancien chef d’État, mais comme une figure dont les symboles continuent d’être activés dans le présent.
Le titre même de l’exposition, Thomas Sankara, le retour, dit quelque chose de cette persistance. Il ne s’agit pas du retour d’un homme, mais plutôt de celui d’un imaginaire politique régulièrement réinvesti dans les périodes de crise, de transition ou de quête de souveraineté.
Près de quarante ans après sa mort, Thomas Sankara reste ainsi une figure vivante du débat public burkinabè. Et à Bobo-Dioulasso, cette exposition rappelle que certaines mémoires ne disparaissent jamais totalement puisqu’elles changent simplement de forme, de langage et de génération.
Par Harouna NEYA (Stage) , adapté par la rédaction © www.noocultures.info








