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Odile Sankara : « Le corps de l’acteur, premier espace du théâtre »

www.noocultures.info – Invitée de la deuxième session en ligne des Dialogues du Labo, la metteuse en scène et présidente des Récréâtrales a partagé sa vision exigeante de la création dramatique. Face aux futurs critiques du continent, elle a défendu le temps long de la recherche et l’importance d’une analyse débarrassée des goûts personnels.
Penser la scène dramatique implique de savoir disséquer les forces invisibles qui font vibrer un plateau. C’est à cet exercice de haute précision que s’est livrée la comédienne et metteuse en scène burkinabè Odile Sankara le vendredi 22 mai 2026. Intervenant lors de la deuxième séance des Dialogues du Labo, un programme de formation initié par le Laboratoire des Critiques Africaines, la présidente des Récréâtrales a réuni les participants connectés depuis plusieurs pays du continent. Introduits par le coordinateur Eustache Agboton, les échanges ont rapidement dépassé le simple cadre technique pour explorer la philosophie profonde de la mise en scène et la responsabilité du regard critique.
Pour Odile Sankara, l’anatomie d’un spectacle vivant ne commence ni par les artifices de la lumière ni par la complexité de la scénographie. Elle martèle que le corps de l’acteur constitue le premier espace d’expression du théâtre. Bien avant le décor, le comédien s’impose comme le principal vecteur du rythme, de l’émotion et du sens. Cette centralité absolue exige un travail d’interprétation rigoureux, capable de transformer une simple présence physique en une force dramatique monumentale.
Le texte à l’épreuve du temps long
Cette puissance du corps ne saurait toutefois s’épanouir sans une relation intime et intellectuelle avec l’œuvre écrite. L’artiste burkinabè rappelle que la qualité d’un spectacle dépend d’une compréhension totale et approfondie du texte dramatique. Le rôle du metteur en scène consiste à décortiquer les mots, à interroger le parcours de l’auteur et à s’imprégner des inspirations qui nourrissent son écriture. Cette quête exige un regard d’une immense sensibilité, mais surtout du temps.
Odile Sankara s’élève contre l’urgence des productions précipitées. Elle estime que le travail théâtral nécessite une lenteur obligatoire pour extraire les idées essentielles et construire une cohérence artistique solide. Ce n’est qu’une fois cette structure maîtrisée que le théâtre peut s’affranchir de son cadre purement intellectuel sur le plateau. L’improvisation, la justesse du geste, la gestion des déplacements et la maîtrise absolue des silences prennent alors le relais pour fabriquer de l’émotion brute chez le spectateur. Cette création demeure une œuvre collective, une convergence de sensibilités associant comédiens, techniciens, scénographes et créateurs de lumière.
Armer le regard critique contre le piège de la subjectivité
Le cœur de l’intervention s’est également arrêté sur la posture de ceux qui ont la charge de documenter et d’évaluer ces œuvres. Abordant la pratique de la critique théâtrale, l’invitée a pointé du doigt la nécessité d’une formation intellectuelle permanente. Elle a vigoureusement encouragé les participants à lire en abondance pour muscler leur capacité d’analyse et affiner leur compréhension des répertoires contemporains.
L’exercice critique se situe en effet dans une tension constante entre subjectivité et objectivité. Pour Odile Sankara, le critique doit impérativement éviter de se limiter à ses préférences personnelles ou à ses goûts immédiats. Le rôle de la critique journalistique consiste à s’appuyer sur des principes rigoureux d’analyse, seuls capables d’éclairer de manière juste les choix artistiques et les partis pris scéniques d’un spectacle. En invitant la jeune génération à une pratique constante de l’observation et de la lecture, la metteuse en scène dessine les contours d’une critique engagée, capable de se hisser à la hauteur des mutations esthétiques des scènes africaines.
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Crédit photos : Nord Ouest Cultures







