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FEMOGA 4 : la mode gabonaise entre en « Ve République »

www.noocultures.info – Du 29 juin au 5 juillet 2026, Libreville accueille la quatrième édition du Festival de Mode au Gabon. Derrière le thème « Le vestiaire parfait pour la Ve République », Angèle Epouta, déléguée générale de l’événement, porte une ambition plus large que la scène.
« Le vestiaire parfait pour la Ve République », le thème de cette édition, ancre délibérément la quatrième édition du FEMOGA dans le moment politique que traverse le Gabon. Depuis le coup d’État d’août 2023 qui a mis fin à cinquante-cinq ans de règne de la famille Bongo, et l’élection présidentielle d’avril 2025 qui a consacré Brice Clotaire Oligui Nguema à la tête d’un nouveau cycle institutionnel, le pays reconstruit ses récits. La mode, dans ce contexte, est une prise de parole et pas seulement un ornement.
Angèle Epouta, déléguée générale du festival depuis sa création, ne s’en cache pas. « Cette 4e édition marque l’entrée du FEMOGA dans une nouvelle dimension », confirme-t-elle dans une interview accordée à notre confrère du Mali, Mory Touré. Après trois éditions qui ont progressivement construit la visibilité du festival, la quatrième vise un repositionnement assumé. L’objectif est de faire de Libreville un carrefour de la mode en Afrique Centrale, une sous-région qui reste, malgré ses ressources créatives, largement absente du calendrier continental.
Un vide stratégique à combler
Le constat mérite d’être posé. Quand on pense aux grandes plateformes de mode africaine, les noms qui reviennent sont Dakar, Lagos, Abidjan. L’Afrique centrale est aujourd’hui très peu représentée dans l’industrie de la mode. La Congo Fashion Week, à Kinshasa en République démocratique du Congo ou l’African Fashion Week, à vocation diplomatique à Yaoundé au Cameroun, ont tenté de créer un écosystème régional. Mais aucun de ces événements n’a encore acquis le rayonnement des plateformes ouest-africaines. C’est précisément dans cet interstice que le FEMOGA entend s’installer.
La stratégie d’Epouta est lisible. Elle passe par une professionnalisation accrue de la programmation (défilés de rue, masterclasses, espaces de networking) et par une sélection des créateurs fondée sur la cohérence des propositions plutôt que sur la notoriété. Le fil conducteur reste la valorisation des matières régionales. Raphia, tissu pagne retravaillé, fibres naturelles du bassin gabonais. « L’ancrage mémoriel est le meilleur levier de la modernité esthétique », argumente-t-elle. La formule dit à elle seule où se joue l’enjeu.
La structuration comme horizon
Ce que le FEMOGA cherche à construire dépasse l’événement. « Notre ambition est de contribuer à la structuration d’une véritable industrie de la mode au Gabon », confie la déléguée générale. La distinction entre événement et industrie est fondamentale. Un festival peut exister sans filière. Une industrie suppose des formations, des débouchés, une chaîne de valeur, des investissements.
C’est pourquoi la question du soutien institutionnel est centrale. Le festival repose sur une collaboration entre acteurs publics et privés, avec les ministères de la Culture et du Tourisme parmi les partenaires. Mais Angèle Epouta formule une demande plus structurante encore. « Nous souhaitons formaliser des engagements sur le long terme avec le Ministère et les entreprises, afin de faire de Libreville, de manière indiscutable et sereine, le carrefour culturel qu’elle mérite d’être », dit-elle. Sortir de la logique d’appui au coup par coup pour construire une relation contractuelle durable avec l’État, c’est là le vrai pari de cette édition.
Dans un Gabon qui se réinvente sous le signe de la Ve République, l’argument est bien positionné. La transition est définitivement close et la Cinquième République est désormais une réalité institutionnelle, rappelait Oligui Nguema en fin d’année 2025. Le nouveau gouvernement porte des ambitions de transformation économique. Les industries créatives, jusqu’ici en marge des priorités affichées, pourraient trouver dans ce moment de refondation une fenêtre pour revendiquer leur place.
Le FEMOGA ouvre le 29 juin. Ce qu’il montre cette semaine à Libreville vaut aussi comme argument pour la semaine d’après.
Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info







