Sophie Lukacs et Cheick Niang : « Sira », ou la géographie d’une rencontre

« Sira » signifie le chemin en bambara.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – La koraïste canadienne Sophie Lukacs et le guitariste malien Cheick Niang dévoilent un single instrumental enregistré à Dakar au Sénégal. Derrière le morceau, une amitié de sept ans traversée par les coups d’État et les déplacements. Devant, la promesse d’un second album.

« Sira » signifie le chemin, le voyage en bambara. Le mot porte déjà toute l’histoire. Celle de Sophie Lukacs et Cheick Niang ne s’est pas décidée en studio. Elle s’est construite sur sept ans, deux coups d’État et un continent recomposé.

Les deux musiciens se croisent à Bamako il y a sept ans. Un projet d’enregistrement prend forme. Il ne se fera pas. Les coups d’État successifs au Mali (deux en deux ans, en 2020 et 2021) redistribuent les cartes. Cheick Niang rejoint Dakar, où il devient le guitariste attitré de Waly Seck, star du mbalax et l’une des voix les plus suivies de la scène sénégalaise actuelle.

Sophie Lukacs, elle, rentre au Canada. L’enregistrement reste en suspens. Sept ans plus tard, Dakar devient le point de convergence. Enregistré au Cheick Niang Studio, « Sira » est une pièce purement instrumentale, une conversation entre la kora et la guitare qui, selon les deux artistes, n’avait besoin d’aucun mot.

Une outsider devenue référence

Le parcours de Sophie Lukacs est peu ordinaire. Née à Budapest, formée au violon classique dès l’enfance, c’est un voyage au Burkina Faso dans ses vingt ans qui bascule tout. Elle découvre la kora, cet instrument à 21 cordes de la tradition mandingue, et ne s’en remet pas. Elle suit d’abord des leçons à New York, puis une masterclasse à Paris avec Toumani Diabaté. Quand ce dernier l’invite à Bamako, elle part. Elle y restera sept ans, apprenant le bambara, s’immergeant dans le répertoire traditionnel, étudiant auprès des maîtres.

La kora est un instrument transmis dans les familles djeli par les hommes. Qu’une femme étrangère en fasse sa pratique centrale constitue une rupture dans l’ordre symbolique de l’instrument. Lukacs ne l’ignore pas. Elle l’assume. Son premier album, Bamako, sorti en 2023 sur Disques Nuits d’Afrique avec Habib Koité, a été salué par la presse spécialisée et a remporté le prix du meilleur album de musiques du monde aux Canadian Folk Music Awards 2024. « Sira » est le deuxième single de son prochain album, attendu pour la fin de l’année.

Cheick Niang, l’autre moitié du dialogue

Du côté malien, Cheick Niang n’est pas un musicien de l’ombre. Installé à Dakar, il a partagé scène et studios avec Sidiki Diabaté, Salif Keïta et Baaba Maal. Son projet solo « African Guitar », lancé en parallèle de son rôle dans le groupe de Waly Seck, ambitionne de mettre en lumière la guitare africaine comme pilier des musiques du continent. Dans « Sira », c’est cette même guitare qui dialogue avec la kora. Deux cordes, deux histoires, deux géographies réconciliées par l’enregistrement.

La production est minimaliste. Kora, guitare, basse de Willy Bousset. Le mixage est signé Noel Mpiaza, le mastering Jean-Philippe Villemure. Le clip, tourné au Sénégal, est disponible sur les plateformes habituelles.

Le chemin comme méthode

Ce que « Sira » dit au fond, c’est que les collaborations musicales panafricaines les plus solides se construisent rarement dans les conditions idéales. Elles se construisent malgré l’instabilité, à travers les frontières que les agendas politiques redessinent, avec la patience que les marchés culturels n’enseignent pas. Entre Bamako, Dakar et Montréal, Lukacs et Niang ont trouvé le chemin. L’album à venir dira ce qu’ils en ont fait.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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