À Lomé, Anas Atakora et Jonathan Mayers construisent une poésie entre quatre langues

Avec une place centrale pour la traduction. Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Pour son cinquième numéro tenu ce 9 août dans la capitale togolaie, le dispositif « CARTE BLANCHE À… » de Noocultures.info s’est associé à la Saison Internationale de Poésie de Lomé (SIP-Lomé) autour de la résidence « De l’eau et des êtres », menée par le poète et universitaire togolais Anas Atakora et l’artiste visuel créole de la Louisiane, poète et activiste louisianais Jonathan Mayers.

Inscrite dans les OFF de la Biennale des Arts en Espace Public du Togo, la rencontre n’avait pas pour objectif de présenter une œuvre achevée. Elle proposait plutôt de montrer un projet encore en construction, à travers une mini-exposition, des textes, des essais plastiques et un échange avec le public.

La rencontre, modérée par l’expert en ingénierie culturelle Edem Kodjo Latevi, a ainsi permis d’entrer dans le processus de création d’un futur livre-objet. Les textes d’Anas Atakora y rencontrent les recherches visuelles et matérielles de Jonathan Mayers.

Quatre langues pour un même projet

L’une des particularités de la résidence tient à la présence de quatre langues, l’anglais, le français, l’éwé et le kouri-vini, créole louisianais.

Dans le projet, la traduction occupe une place centrale. Un même mot peut faire apparaître des histoires et des représentations différentes selon la langue dans laquelle il est exprimé. Le travail des deux artistes consiste alors à faire circuler ces significations sans chercher à les réduire à une seule formulation.

La notion d’étranger constitue l’un des points de réflexion de cette recherche. En éwé, le terme «Ametutɔ» renvoie à celui qui vient de l’autre côté du fleuve. En Louisiane, le kouri-vini porte une autre mémoire du déplacement, liée aux cours d’eau, aux migrations et aux différentes populations qui ont façonné cet espace.

La traduction devient ainsi une composante du processus artistique. Chaque langue conserve une partie de son histoire et modifie la perception du texte. À charge aux traducteurs (Edem Kodjo Latevi pour l’Ewé; Jonathan Mayers pour le Kouri-Vini; Patron Kokou Henekou pour l’anglais et Anas Atakora pour le français) de la faire vivre et co-exister.

Du territoire au matériau

Cette recherche sur les langues se prolonge dans les matériaux utilisés par Jonathan Mayers.

L’artiste travaille sur un papier artisanal fabriqué à partir de bagasse, résidu de la canne à sucre, et de feuilles de bananier. Sur cette surface irrégulière, il inscrit textes et formes à l’aide de sable prélevé au lac Togo.

Le résultat est volontairement difficile à saisir au premier regard. La matière, la lumière et la position du spectateur influencent la lecture. Le texte apparaît alors comme une présence physique autant que comme un contenu à lire.

La bagasse renvoie à l’histoire de la canne à sucre en Louisiane. Le sable renvoie au territoire togolais. Les deux matériaux se retrouvent sur une même surface, au même titre que les langues du projet se rencontrent dans les textes.

Une œuvre encore en mouvement

Le parcours d’Anas Atakora et celui de Jonathan Mayers donnent à cette résidence une autre dimension. Le premier, poète togolais installé au Canada, travaille entre plusieurs espaces linguistiques et culturels. Le second, Poet Laureate de Louisiane, mène un travail lié à la transmission et à la préservation du kouri-vini.

« De l’eau et des êtres » ne cherche donc pas à produire une rencontre artificielle entre deux artistes. Le projet part de leurs expériences respectives pour explorer ce qui se transforme lorsque des langues, des territoires et des pratiques artistiques se rencontrent.

La sortie d’étape organisée à Lomé a permis au public de découvrir cette recherche avant sa forme définitive. Le beau-livre reste à venir. Les textes, les images et les matériaux présentés en donnent déjà quelques fragments.

Avec ce cinquième numéro, « CARTE BLANCHE À… » a permis de regarder l’œuvre avant qu’elle ne soit terminée, au moment où les artistes expérimentent encore, déplacent leurs idées et cherchent la forme qui leur conviendra.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

Restez au courant de nospublications et opportunités.

Abonnez-vous
à la newsletter

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *