Photographie d’auteur au Burkina Faso : construire la mémoire par l’image

Une démarche essentielle dans un pays en constante évolution.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Le 26 juin 2026, l’Espace Pierre Ligdi à Ouagadougou, a accueilli le vernissage de l’exposition photographique collective des bénéficiaires du programme de mentorat du Cercle des photographes du Burkina (CERPHOB). Réunissant les promotions 2021, 2023 et 2025, cette exposition met en lumière le travail de jeunes photographes formés à la photographie d’auteur. À travers leurs œuvres, ils proposent des regards personnels et engagés sur le Burkina Faso, loin des stéréotypes et des discriminations, avec l’ambition de raconter leur pays dans toute sa diversité.

Cette exposition a pour ambition de former une nouvelle génération de photographes d’auteur capables de documenter les réalités du Burkina. Pour Adrien Bitibaly, initiateur du programme de mentorat et de la biennale de la photographie PhotoSA, cette exposition constitue l’aboutissement de plusieurs années de travail en faveur de la photographie d’auteur au Burkina Faso.

L’aventure débute en 2021 avec une première cohorte exclusivement féminine. À l’époque, le constat était que les femmes photographes sont presque absentes des grands rendez-vous photographiques nationaux. « Lors de la première édition de PhotoSA, il y avait très peu de femmes photographes burkinabè. Nous avons donc voulu créer un programme qui leur soit spécifiquement destiné », explique-t-il. Une dizaine de jeunes femmes sont alors formées et accompagnées avant de présenter leurs travaux dans le cadre de la biennale.

Fort de cette première expérience, le Cercle des photographes du Burkina (CERPHOB) lance officiellement en 2023 un programme de mentorat structuré. Chaque promotion réunit dix jeunes photographes, à parité entre femmes et hommes. Le dispositif combine une formation théorique, une immersion pratique et un accompagnement sur une année entière. Les mentorés bénéficient ainsi de rendez-vous réguliers avec leurs mentors afin d’échanger sur l’évolution de leurs projets, les difficultés rencontrées et les pistes d’amélioration possibles.

Pour Adrien Bitibaly, la finalité ne se limite pas à l’apprentissage technique. Le programme vise surtout à accompagner l’émergence de regards capables de raconter le pays à partir de l’expérience vécue.

Documenter le Burkina Faso par les Burkinabè

Au-delà de la formation artistique, le projet porte également une dimension citoyenne. Pour le mentor, il est essentiel que les jeunes photographes participent à la construction de l’histoire visuelle nationale. « Nous avons besoin d’archives. Beaucoup de choses disparaissent dans ce pays sans être documentées », affirme-t-il. L’enjeu est donc de permettre aux jeunes Burkinabè de raconter eux-mêmes leur société, ses transformations, ses défis et ses espoirs. Une démarche qui contraste avec certaines représentations extérieures souvent réductrices du continent africain. « Quand un jeune documente sa propre réalité, il ne cherche pas à se discriminer lui-même. Il raconte son histoire avec ses nuances, ses contradictions et sa complexité », explique Adrien Bitibaly.

Cette philosophie se reflète dans les projets présentés lors de l’exposition. Les thèmes abordés sont variés. De l’identité culturelle en passant par les mutations sociales, l’urbanisation, la mémoire familiale ou encore préservation du patrimoine. Parmi les travaux exposés figure Des sabots aux moteurs de Giovanna Ruth Sanogo. À travers une série de portraits et de paysages, la jeune photographe s’intéresse à la transformation progressive des modes de transport au Burkina Faso. Son projet met en lumière le remplacement progressif de l’âne par le tricycle motorisé dans le quotidien de nombreuses familles, de la société burkinabè.

De son côté, Idrissa Zongo présente Nakamtinga, un travail consacré à son village natal. Face à un projet de lotissement susceptible de menacer certains lieux sacrés, il entreprend d’en conserver la mémoire à travers l’image. Marchés, espaces communautaires, sites spirituels et paysages sont ainsi photographiés dans une démarche de sauvegarde patrimoniale.

D’autres projets explorent des trajectoires plus intimes. Certains interrogent les liens familiaux, d’autres les questions d’identité ou les réalités sociales contemporaines. Aucun thème n’est imposé par les mentors. « Je ne donne jamais de sujet aux participants. Je leur pose des questions sur leur vie, sur ce qui les touche, sur ce qu’ils ont envie de raconter. C’est à partir de là que naissent les projets », précise Adrien Bitibaly.

Cette liberté constitue l’un des fondements du programme. Chaque projet devient ainsi le reflet d’une expérience personnelle tout en offrant une lecture plus large de la société burkinabè.

Construire l’avenir de la photographie d’auteur

Contrairement à une photographie produite dans l’urgence ou guidée par le simple esthétisme, la photographie d’auteur repose sur une démarche intellectuelle et documentaire. Elle implique un travail de réflexion préalable, une intention narrative et une construction cohérente du projet photographique.

Au fil des éditions, le programme de mentorat s’impose progressivement comme un laboratoire de création et de transmission. L’édition 2027 est déjà envisagée dans le cadre de la prochaine biennale PhotoSA, avec l’ambition de renforcer encore davantage les opportunités offertes aux jeunes photographes.

Au-delà de l’exposition, l’initiative interroge plus largement la place de la photographie dans la construction des récits nationaux. Dans un contexte où les images circulent en permanence, Adrien Bitibaly défend une photographie pensée, documentée et ancrée dans les réalités locales. Car pour lui, former des photographes d’auteur revient aussi à former des témoins de leur époque. Des femmes et des hommes capables de raconter le Burkina Faso avec leurs propres mots, leurs propres images et leur propre regard. Une démarche essentielle dans un pays en constante évolution.

Harouna NEYA (Stage) ©www.noocultures.info

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