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Janvier Nougloï, l’homme qui construit et lie

www.noocultures.info – Il y a une cohérence têtue dans le parcours du Béninois Janvier Nougloï. Depuis trente ans, cet homme de théâtre bâtit des espaces culturels là où il n’en existe pas. D’abord à Parakou, puis à Ouidah. Deux villes, deux aventures, cette même obsession d’ancrer la culture dans un territoire.
Tout commence dans le Nord du Bénin. Depuis 1995, Janvier Nougloï dirige le Théâtre Nougloi, une compagnie basée à Parakou, depuis laquelle il produit des spectacles et du théâtre radiophonique à l’ORTB. C’est de Parakou aussi qu’il forme des auteurs, travaille à l’écriture de scénarii et intervient dans les écoles de théâtre du pays. Homme du Sud installé dans le Nord, il y vit pendant plus de vingt ans. Pas sans friction, comme il nous le confiait déjà lui-même en 2014, dans un entretien : les autorités municipales de Parakou le traitaient « comme un étranger », le régionalisme bloquait les financements pourtant accordés. Mais il reste. Il construit.
Le premier chantier notable, c’est le Centre Culturel de Rencontre « Ancrage ». Porté par le Théâtre Nougloi et soutenu par l’Union Européenne via le Programme Société Civile et Culture, il est lancé en 2013 comme le plus grand espace culturel du septentrion béninois. La programmation est au rendez-vous, le public aussi avec plus de 10 000 spectateurs en trois mois selon les chiffres de l’époque. Puis les subventions s’arrêtent. Le centre ralentit. Nougloï refuse d’en parler comme d’un échec. Il parle de stratégie, de long terme, de « Culture Classe » dans les écoles. Il reste optimiste. C’est le mot qu’il choisit. Et il regarde déjà ailleurs.
Depuis 2014, il travaille à un projet plus ambitieux encore : créer le premier Centre Culturel de Rencontre International d’Afrique subsaharienne. L’idée prend corps à Ouidah, ville chargée d’histoire, carrefour de la traite négrière et du vaudou. Le 11 février 2020, le CCRI John Smith est officiellement créé, installé dans l’ancien Tribunal colonial de la ville mis à disposition par la mairie de Ouidah. Son nom rend hommage à John Smith, descendant d’un esclave embarqué sur le dernier navire négrier ayant quitté l’actuel Bénin.
L’inauguration effective du centre a lieu en juin 2021, fruit d’une coopération tripartite entre l’État béninois, la mairie de Ouidah et Nougloï lui-même, porteur du projet. Géré par une équipe entièrement béninoise sous sa direction, le CCRI articule deux missions : une mission patrimoniale autour de l’histoire de l’esclavage, et une mission culturelle autour des écritures et de la création artistique. La programmation comprend ateliers, séminaires, résidences, spectacles et actions de valorisation patrimoniale.
Le rayonnement suit. En mai 2025, une délégation conduite par le maire de Ouidah et Nougloï se rend en Martinique pour célébrer trois ans de coopération artistique avec la Ville du Saint-Esprit, partenariat construit autour de résidences croisées en théâtre, littérature et cinéma.
En février 2025, le CCRI est aussi partie prenante de la rénovation de la Maison de la Culture de Ouidah, en partenariat avec la mairie et le Ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts.
De Parakou à Ouidah, la trajectoire de Janvier Nougloï dessine quelque chose de rare dans le paysage culturel béninois. Un opérateur qui ne se contente pas de programmer, mais qui construit les murs dans lesquels les autres pourront créer. Avec une patience que beaucoup auraient depuis longtemps abandonnée. En témoigne lePrix de l’Action culturelle institutionnelle ou citoyenne à lui décerné en août 2025 à Ouidah dans le cadre du Prix Cultura Afrique Francophone.
Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info








