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26è Journées Théâtrales de Carthage : le théâtre, conscience du monde

www.noocultures.info – Le Théâtre de l’Opéra, au cœur de la Cité de la Culture à Tunis, a accueilli l’ouverture solennelle de la 26ᵉ édition des Journées Théâtrales de Carthage (JTC). En présence de la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, de délégations venues d’Afrique, du monde arabe, d’Europe et d’Asie, cette soirée inaugurale a affirmé la vocation intellectuelle et humaine du théâtre : celle d’un art engagé, lucide, capable d’interroger le monde.
Dans son discours inaugural, Mounir Argui, directeur de cette édition, a posé les grands axes philosophiques de la manifestation. Reprenant les mots de Bertolt Brecht, il a rappelé que le théâtre ne saurait être réduit à un simple divertissement. Il constitue un espace de conscience, de responsabilité, de transformation, un lieu où la pensée devient action, où la parole s’affirme comme acte de résistance. Il l’a présenté comme un bien commun, un lieu de questionnement, de rêve, de critique et d’émancipation.
Face à l’incertitude du monde, au repli, à la peur, à la violence symbolique ou réelle, le théâtre apparaît comme territoire refuge, contre-feu, espace de dignité. L’évocation de Gaza, « meurtrie mais debout », a rappelé que le geste artistique peut, à lui seul, préserver la mémoire, maintenir la lumière et sauver l’humain.
Cette édition, a-t-il souligné, réunit des voix contemporaines, venues questionner la justice, la dignité, la liberté, la résistance, la mémoire et notre capacité collective à rêver encore.
Le slogan retenu pour cette édition, « Le théâtre, une conscience et un changement. Le théâtre, le cœur battant de la rue», témoigne d’une volonté forte de décloisonner la scène, de la reconnecter au réel, d’en faire un espace social, politique et humain. Cette vision prend corps à travers un nouveau Forum théâtral international, intitulé « L’Artiste de théâtre, son temps et son œuvre », consacré au rôle fondamental du créateur dans un monde fragmenté. L’artiste n’est plus simple interprète, mais médiateur, conscience, veilleur.
Une programmation plurielle et exigeante
Le programme de cette 26ᵉ édition se distingue par son pluralisme et sa diversité géographique, esthétique et narrative. Il comprend : 12 spectacles en compétition officielle ; 10 productions tunisiennes hors compétition ; ainsi que plusieurs œuvres venues d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique et du Monde arabe.
Autour des représentations, les JTC proposent sept ateliers de formation en mise en scène, dramaturgie, critique et jeu, animés par des figures majeures telles que Fadhel Jaibi, Igor Yatsco, Evdokimos Tsolakidis ou encore Mihaela M. Mihut. Deux masterclasses sont également conduites par Igor Yatsco et Harold David, enrichies d’une rencontre spéciale dédiée à Patrice Pavis, référence essentielle de la pensée théâtrale contemporaine.
L’Afrique à l’honneur : parcours et héritages
Comme le veut la tradition des JTC, la cérémonie d’ouverture a rendu hommage à des personnalités dont le parcours a marqué durablement le paysage théâtral africain, arabe et international. Parmi les figures distinguées, la comédienne et metteuse en scène marocaine Latefa Ahrar, dont la carrière, entamée dans les années 1990, incarne la rigueur, la passion et l’audace artistique. Elle a interprété aussi bien les classiques (Racine, Lorca, Musset) que des œuvres contemporaines, recevant plusieurs distinctions au Maroc, en Égypte, en Allemagne ou en Pologne. L’Ivoirien Abderrahman Kamaté, également directeur du MASA (Marché des Arts du Spectacle africain d’Abidjan), a été salué pour sa contribution centrale au développement des réseaux de création et de diffusion du spectacle vivant sur le continent africain.
La soirée a également honoré cinq grandes figures du théâtre tunisien : Ali Khemiri, Lazheri Sebii, Leila Rezgui, Fethi Akkari, Slim Sanhaji et Hedi Boumiiza, célébrant ainsi la richesse d’un héritage scénique national, à la fois enraciné et tourné vers l’avenir.
Un jury international à l’image de la diversité des voix théâtrales
La compétition officielle est présidée par le dramaturge tunisien Lassaad Ben Abdallah, entouré d’un jury international rassemblant des figures venues de différents horizons : Malek Laakoun (Algérie), Saade Aldaass (Koweït), Abdon Fortunée (Congo), Imed El May (Tunisie) et Thameur Arbid (Syrie). Une instance plurielle, à l’image de la richesse des œuvres présentées.
Cette ouverture des Journées Théâtrales de Carthage a ainsi posé les bases d’une édition engagée, généreuse, habitée par une conviction : le théâtre n’est pas un art de l’ombre, mais une lumière qui traverse les temps, accompagne les peuples, interroge leurs histoires et les aide à penser les possibles.
Leila ASSAS (Collaboration), Envoyée spéciale à Tunis ©www.noocultures.info








