Anas Atakora : écrire la ville pour ne pas s’y dissoudre

Une parole nécessaire, encore en constructionPartager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – À Lomé au Togo, lors du quatrième rendez-vous « Carte Blanche À…», le poète et universitaire Anas Atakora a déroulé une parole habitée par l’urgence. Entre réflexion sur l’espace urbain et récit intime, une œuvre qui cherche à réinscrire le corps au cœur de la modernité, dans un style innovant qui réinvente des motifs déjà connus certes, en les replaçant dans la mosaïque d’une dynamique urbaine contemporaine.

Le 29 avril, à la Maison des Arts et du Social de Lomé, le dispositif « Carte Blanche À…» coordonné par noocultures.info, poursuivait son installation dans le paysage des OFF de la Biennale des Arts en Espace Public du Togo. Pensé comme un espace de dialogue, le format repose sur la promesse simple de donner à un auteur / créateur le temps de déplier sa pensée.

Face à Anas Atakora, son pair, le poète et universitaire Patron Henekou a rapidement installé un échange fluide, presque complice. Une conversation entre deux profils académiques où l’enjeu n’était pas de vulgariser, mais de rendre accessible sans la banaliser, une réflexion exigeante.

La ville comme tension, plus que comme décor

Au cœur de la rencontre, la lecture-spectacle d’extraits des recueils En chair et en ville (Les Éditions de la Francophonie, 2025) et La vie que nous menons ici (les Éditions Awoudy, 2023) a posé les bases d’un univers où la ville n’est jamais neutre. Chez l’auteur, l’espace urbain agit. Il marque, contraint, transforme. Il s’inscrit dans les corps autant qu’il les conditionne.

L’idée n’est pas nouvelle dans la poésie contemporaine. Mais chez lui, elle passe par une écriture qui cherche moins à décrire qu’à ressentir physiquement la ville. Une manière de rappeler que l’urbanité ne se vit pas seulement à l’échelle des infrastructures, mais dans l’expérience intime des individus. « Être poète aujourd’hui est une urgence », affirme-t-il. Une urgence de ralentir, de redonner de la densité à l’existence dans un environnement qui tend à lisser les sensations.

Reste une question, en filigrane : cette urgence, largement partagée par de nombreux auteurs contemporains, trouve-t-elle chez Atakora une forme singulière, ou s’inscrit-elle dans une tendance plus large de la poésie actuelle ?

Entre ancrage intime et déplacement géographique

Le dialogue a également ouvert un espace plus personnel. Loin du seul discours théorique, Anas Atakora est revenu sur les figures fondatrices de son imaginaire (sa mère, sa grand-mère, son père, etc.) et sur la manière dont ces héritages continuent d’irriguer son écriture.

Ces éléments éclairent son premier recueil, Partir pour les mots (Les Éditions Awoudy, 2012), et permettent de comprendre la cohérence d’un parcours marqué par le déplacement. Installé en Amérique du Nord, l’auteur construit une œuvre traversée par une tension constante entre ici et ailleurs.Ce double ancrage nourrit son rapport à la langue.

Avec huit ouvrages à son actif, Anas Atakora s’inscrit dans une trajectoire déjà solide. Sa présence fréquente à Lomé confirme une volonté de maintenir un dialogue avec ses espaces d’origine, tout en poursuivant une exploration plus large des enjeux qu’il inscrit sous la thématique de l’extrême contemporain.

Mais au-delà de la qualité de l’écriture, la rencontre aura surtout mis en lumière le positionnement d’un auteur dont la poésie se veut outil de résistance sensible face aux mutations du monde urbain.

Une ambition forte, qui trouve un écho certain dans le public présent, même si elle appelle encore, par moments, à se distinguer plus nettement des discours qui traversent aujourd’hui la scène poétique.

À la Maison des Arts et du Social, cette « Carte Blanche À…» n’a donc pas seulement offert un moment de lecture. Elle a ouvert un espace de réflexion sur ce que peut, ou ne peut plus, la poésie dans un monde saturé de vitesse.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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