« Balade mentale » d’Arilala Ophélia RALAMBOSON : thérapie par l’art abstrait

Cette exposition est l’occasion pour chacun de laisser libre court à ses pensées intimes en suivant un cheminement libre ponctué par un patchwork de schémas, une musique apaisante ainsi qu’un masque et un miroir.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime …

www.noocultures.info – L’artiste plasticienne malgache Arilala Ophélia Ralamboson, vice-lauréate du Prix Paritana 2023, a exposé pour la première fois sa création « Balade Mentale » à la Fondation H du 4 au 25 novembre 2023. Une expérience unique dans laquelle elle a redéfinit, à sa façon, la manière d’observer et de s’imprégner d’une œuvre.

Son intention est d’inviter le visiteur à s’adonner à l’expérience d’une introspection par le biais de son art. Cette exposition est l’occasion pour chacun de laisser libre court à ses pensées intimes en suivant un cheminement libre ponctué par un patchwork de schémas, une musique apaisante ainsi qu’un masque et un miroir. Ces deux dernières œuvres accentuent l’idée d’une introspection, un masque derrière lequel se cacher et un miroir pour admirer ou questionner son reflet. Les différentes pièces qui composent l’exposition sont soit dispersées dans une pièce aux murs blancs, ou découpées pour être suspendues par des fils au plafond, ou encore collées au mur. Une partie de l’exposition traîne au sol tandis que le miroir de forme circulaire est fixé au plafond et le masque, suspendu par des fils. La musique thérapeutique qui agrémente cette exposition a été composée par l’artiste malgache Môta Soa.

L’intitulé de l’exposition, « Balade Mentale », oriente la visite vers son caractère émotionnel. Mais dans cette rencontre entre les visiteurs et les œuvres d’art, l’artiste laisse à chacun la liberté d’interpréter ses créations. Ses œuvres n’ont de sens que si le public consent à interroger son vécu. La signification des œuvres dépend de l’expérience de ceux qui se prêtent au jeu car l’artiste offre des chemins de pensée. Etant portée sur la psychologie, elle offre l’occasion d’envisager la thérapie  à travers ses œuvres abstraites. L’intention de l’artiste, c’est d’aller au-delà des questions purement esthétiques qui dépendent de l’appréciation de chacun, afin de pousser le visiteur dans ses retranchements, et de l’inciter à s’émouvoir de ses failles, de ses cicatrices, de son désarroi ou encore de ses victoires.

Le stade fœtal, la naissance et le début de la zone trouble

Parmi les quelques parcours proposés par l’artiste, il y a un chemin qui consiste à visualiser toute sa vie en partant du début, du stade fœtal, de la naissance, de l’innocence avant la prise de conscience et des complications inhérentes à l’existence. Les trois schémas avec lesquels débute la pièce textile se perçoivent alors comme trois toiles accolées les unes aux autres.

A l’illustration d’un fœtus succèdent des formes qui ressemblent à des coquillages dont les contours sont surmontés par des bandes noires, qui complémentent l’intérieur des motifs, colorés en noir et en gris. Cette partie de l’œuvre n’intègre pas encore de couleurs, comme dans un cahier de coloriages. Les formes sont belles, précises, et les parties vides à l’intérieur ne demandent qu’à être colorées. Des dessins parfaitement exécutés pour annoncer une idée, une pensée ou même un esprit sur le point de se former : c’est une naissance.

L’incertitude, les premières explosions de couleurs

Une seconde série de trois toiles accolées les unes aux autres se succèdent le long d’un mur blanc. Le premier motif apparaît comme une bande noire surmontée par des bribes de motifs en spirales. Au-dessus, figurent des tracés de couleurs à peine perceptibles en comparaison avec le tracé inférieur qui s’apparente à la partie immergée d’un iceberg. Des idées noires enfouies, une existence en apnée ou une noirceur sous-jacente.

Tandis que sur l’image suivante, domine un bloc de couleurs et un dessin sur lequel se distingue facilement un visage avec des yeux, un nez et une bouche, une expression de tristesse et un crâne proéminant. Les couleurs qui composent ce visage apparaissent comme des tâches grossières, roses et bleues pour la plupart. Au niveau du front et du cerveau, les couleurs sont moins affirmées. Cette fois-ci, l’artiste commence à accentuer les couleurs, même si celles-ci sont pâles. Elles composent le teint de ce visage décontenancé, un assemblage pour exprimer des sentiments négatifs. A la partie « naissance » succèdent les débuts d’une vie trouble dans laquelle la créativité est fragmentée. L’esprit qui devait s’adonner à la réflexion peine à rassembler les idées. Le visage exprime un sentiment d’impuissance.

Succédant à ce dessin en forme de tête, une série de motifs, une alternance de couleurs et de noir et blanc. L’effet patchwork est parfaitement illustré avec la variété des motifs tandis que la grandeur des tissus donne lieu à des étoffes qui serviraient à réaliser des vêtements. Cette partie de l’œuvre tend à montrer que c’est une existence qui commence à être intéressante.

Des tissus déchirés qui succèdent à des motifs au tracé incertain

L’exposition s’interrompt momentanément, le tissu collé au mur prend fin mais l’expérience reprend avec la partie de l’installation qui se trouve derrière l’illustration du fœtus. C’est un tout autre paysage qui s’offre à la vue. Une image désastreuse faite de tissus recousus de manière grossière. Ni le fil ni les lignes de la couture ne suggèrent la possibilité de rapiécer le tissu de façon symétrique, tout comme il est impossible de recoudre certains passages d’une vie. Ces images ont davantage de caractère en comparaison avec les précédentes. Cette partie de l’exposition apparait comme étant la pièce maîtresse de cette « Balade », une véritable immersion dans les maux et les fêlures d’une existence. Les déchirures d’une vie se transposent aux rapiècements maladroits infligés à ce tissu. Il en ressort une impression désagréable car c’est la laideur et la désolation qui prédominent face à ces étoffes réassemblées avec difficultés. Elles demeurent déchirées malgré les efforts. Cette partie de la toile est un ensemble de cicatrices, d’idées noires et de traumas. A ce passage obscur, succède une partie aux motifs effacés et qui laissent une impression de déjà-vu. Le ressenti est alors similaire à celui qui a été perçu un peu plus tôt durant la visite. Un moment d’incertitude ou bien un manque d’inspiration, une difficulté dans la formulation des idées, à moins qu’il s’agisse de mutisme.

Succession de nouvelles aubes et de nouvelles lunes, pour en venir au futur et à une nouvelle forme d’incertitude

Des formes circulaires avec des couleurs qui diffèrent vont composer la suite de cette œuvre. Des cercles noirs alternent avec des cercles jaunes encadrés par des formes géométriques noires. Des vies nocturnes et de nouveaux jours qui se lèvent, tout comme la vie est faite de nouvelles expériences. La toile se caractérise par la répétition de ces deux tons. Plusieurs lunes succèdent à plusieurs soleils.  Cette répétition exprime une certaine monotonie ainsi qu’une harmonie. Le passage rapiécé n’est plus qu’un souvenir lointain. Les motifs sont symétriques, il n’y a plus de coutures grossières.

Mais la « Balade » ne s’arrête pas sur cette note agréable. Elle se poursuit par des formes spirales, des tracés qui s’apparentent à celles qui figurent sur la partie émergée des icebergs. Ces spirales se poursuivent et retombent à même le sol. L’œuvre échappe alors à la compréhension.

La dernière étape de l’exposition reprend à ce niveau, pour se retrouver à nouveau collé au mur. Le tissu est blanc, quelques motifs timides sont inscrits en noir. C’est une nouvelle page non écrite, l’artiste y inscrit quelques idées mais elle ne recouvre pas l’intégralité de cette partie de l’œuvre. La « Balade » prend fin à cet endroit-là. La pièce textile s’interrompt définitivement sans que l’on en connaisse la fin, comme la page blanche de nos existences.

Une réflexion intime vers une thérapie par l’art abstrait

 « Balade Mentale » c’est la visualisation des étapes d’une vie fragmentée dans une succession de formes et de couleurs : un agencement qui appelle une lecture viscérale. L’artiste alterne les émotions, la pièce textile est un ascenseur émotionnel, l’expression de la vie avec ses hauts et ses bas. Un amoncellement d’émotions dans une réflexion continuelle sur soi, sur son soi intérieur et sur le soi en société. Mais il peut aussi s’agir d’un questionnement sur la personnalité. L’exposition pourrait aussi faire ressurgir les émotions refoulées ou les traumatismes du passé.

Une installation qui pourrait s’apparenter à une visite chez un psychologue, mais sans la curiosité d’une personne extérieure. La visite de l’exposition ne donne nullement l’impression d’une intrusion dans la vie privée. Il s’agirait plutôt de propositions de pistes de réflexion. Arilala Ophélia Ralamboson offre la possibilité de se regarder dans un miroir, de se remémorer ses failles et ses joies. Une « Balade » assez longue et potentiellement éprouvante. Un amoncèlement d’émotions et de souvenirs. Le visiteur est le seul qui connaisse son vécu. Dès lors, chacun donne à ce parcours un sens singulier, aux frontières de l’art et de la psychologie.

Niry Ravoninahidraibe (Madagascar), stagiaire de la 3è promotion de la session d’initiation à la critique d’art organisée par l’Association NORD OUEST CULTURES et le Réseau CRITIQUES AFRICAINES
Mentorat de la section Arts Visuels : Amendah HANOU (Togo / Royaumes-Unis), www.obatala.co.uk

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