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“L’appel de l’eau” : le passage entre deux mondes
www.noocultures.info – Plongé au cœur de la culture congolaise, l’artiste photographe Ralff Therance Lhyliann accentue son travail sur la part mythique et imaginaire des rites et traditions du Congo.
À travers L’appel de l’eau, une de ses séries, il décrypte les fondements et le narratif derrière l’histoire de Mami Watta, la célèbre sirène des eaux. Médaillé d’argent au IXème jeux de la francophonie en RD Congo en 2023, l’artiste n’est pas à sa première série sur la déesse des eaux. Lors de la 10ème édition de la Rencontre internationale d’art contemporain tenue à Brazzaville au Congo, son pays d’origine en septembre 2023, l’artiste expose Ode à Mami Wata parlant de la même thématique.
L’entre-deux-mondes
« En Afrique, les morts ne sont pas morts dit-on». Dans un monde moderne dominé par les religions dites « révélées », l’Afrique renoue avec ses traditions et valeurs. L’histoire de la sirène des eaux, une des plus communes a bercé des générations entières des quatre coins du monde. Connue sous différents noms dans différentes cultures, la déesse des eaux reste une des divinités africaines les plus célèbres. Mami Watta (nom plus commune en Afrique) est souvent reliée au monde des vivants par des histoires dans lesquelles elle attire des hommes de notre monde dans la sienne. Cette figure féminine, séduisante et inquiétante, apparaît comme un être vivant entre deux mondes, capable de faire basculer le destin de ceux qui croisent son regard.
À travers cette création, Ralff Therance Lhylian extériorise son histoire personnelle et celles de tous ces hommes tombés sous le charme de la déesse des eaux. Une relation imaginaire dont les liens pourraient être visibles dans le réel. Cette autre facette connue sous l’expression « femme de nuit » peut sembler être un fardeau duquel on aimerait se détacher, qui pourtant fait partie de soi. D’où ce travail de Ralff Therance Lhyliann pour mieux se connaître et apprendre à dompter cet esprit qui fait désormais partie intégrante de lui.
Dès les premiers contacts, cette série d’œuvres se présente comme une expérience immersive. Ici, la photographie n’est plus un simple médium de captation du réel, mais un langage initiatique, un rituel figé dans le temps. «Je t’invoque, Reçois cette offrande, Viens à moi, Je réponds à ton appel, Je suis à toi», les mots de l’artiste et titres des oeuvres décrivent ainsi le processus d’invocation de Mami Watta. Mais plus encore, l’artiste ne se contente pas de documenter un rituel : il nous y convie. À la manière d’un conteur, il nous insuffle le doute, l’émerveillement et l’inquiétude. Où se termine la réalité ? Où commence le mythe ?
L’eau, omniprésente sur les trois premières images, devient alors plus qu’un décor. Elle est le fondement du récit, la porte d’entrée de l’autre monde. La mise en scène nocturne, soulignée par l’éclairage des bougies, vient accentuer cet effet de flottement entre le monde tangible et l’invisible. Le clair-obscur révèle des formes incertaines conférant à chaque image l’aspect d’une pièce indispensable du puzzle.
L’esthétique du flou et du sensoriel
L’un des aspects les plus saisissants du travail de Ralff Therance Lhyliann est son usage du flou qui se fait remarquer dans la troisième photo de la série. Loin d’être une erreur technique, cette absence de netteté devient un outil narratif puissant et innovant. Elle traduit le trouble, le vertige face au surnaturel et sert de transition entre le réel et l’irréel. Le contraste entre le sombre de la forêt et les lueurs vacillantes des bougies renforce encore cette tension entre l’ombre et la lumière, entre la présence et l’absence. Chaque détail est pensé pour que le spectateur ressente physiquement l’atmosphère du rituel.
Si les images de Ralff Therance Lhyliann frappent immédiatement par leur esthétique, elles se vivent aussi de manière sensorielle. Cette approche immersive rappelle que la photographie n’est pas qu’un art du regard, mais aussi un art du ressenti. L’artiste parvient à nous faire toucher du doigt l’essence même du sacré, ce moment suspendu où l’humain dialogue avec l’invisible.
Loin d’imposer ce fruit de l’imagination comme une vérité absolue, les œuvres de Ralff Therance Lhyliann ouvrent des possibles. Libre au spectateur d’y voir une reconstitution, une mise en scène habile, ou une capture d’un moment imaginaire. Car en fin de compte, ce rite d’invocation de Mami Watta ne saurait être vu par tous. Mais c’est justement dans cette ambiguïté que réside toute la force de cette série. En laissant planer le doute, en nous plaçant face à l’inexplicable, l’artiste nous rappelle que la photographie, comme tout art, est une passerelle entre le réel et l’imaginaire.
Avec L’Appel de l’Eau, Ralff Therance Lhyliann signe une série photographique où chaque image semble contenir un secret. En mêlant tradition, spiritualité et esthétique contemporaine, il nous offre une plongée dans un univers où les frontières du tangible s’effacent, un travail questionne notre rapport au sacré et au profane.
Yaya TRAORÉ (Burkina Faso)
Article rédigé dans le cadre d’un atelier de critique photographique, organisé à Cotonou (Bénin), du 11 au 18 mars 2025, sous la direction du critique malgache Élie RAMANANKAVANA








