Ralff Therance Lhyliann : la capture de l’invisible

Au point de rencontre du visible et de l’invisible, la série photographique L’appel de l’eau de Ralff Therance Lhyliann, conduit dans une quête mystique.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Au point de rencontre du visible et de l’invisible, la série photographique L’appel de l’eau de Ralff Therance Lhyliann, conduit dans une quête mystique. Dans une esthétique sobre mais intense, le photographe congolais ravive une tradition ancestrale, celle de Mami Wata, un esprit aquatique qui vogue entre le désir et la hantise, l’amour et l’ensorcellement. 

Ce qui attire dans cette série de 5 photographies, L’appel de l’eau de Ralff Therance Lhyliann, c’est la dualité qui la compose. Un jeu de lumière où le noir et l’orange s’entremêlent pour sculpter l’espace avec une rare subtilité. Le photographe se détache des artifices modernes pour n’utiliser que la lumière naturelle et celle des bougies. Et ce choix renforce le caractère presque sacré du rituel capturé. 

Dans la première photo, un homme vêtu de blanc, agenouillé sur les bords du fleuve Congo, convoque une entité invisible. Il est entouré de cinq (5) bougies dont les flammes frémissent sous le souffle nocturne. Ici, la composition rappelle les codes du clair-obscur, où la lumière devient le vecteur d’une révélation. L’homme, figure centrale, s’offre tout entier à la pénombre et aux éléments d’invocation de l’entité. 

Le rituel comme chemin initiatique

La force de cette série de photos réside dans sa progression narrative. Chaque photo est le chapitre d’un récit qui entraîne plus loin dans la transgression de la frontière entre le monde matériel et celui des esprits. Si la première image fixe l’instant de l’invocation, la deuxième le montre s’avançant vers l’eau, une fleur à la main, objet d’une offrande symbolique. À ce niveau, l’appel se fait plus pressant. 

Dans la troisième photo, le point de bascule est atteint. L’homme entre dans l’eau, immergé dans l’acte du sacrifice proprement dit. Il ne s’agit plus d’un dialogue à distance, mais d’une rencontre en devenir. Le choix du photographe de nous plonger dans cet instant précis, où l’homme dépose son offrande, est d’une intensité remarquable. L’image évoque un pacte secret, un serment scellé dans l’obscurité totale. 

Puis vient la quatrième photographie où l’homme, désormais porteur d’un objet recouvert de tissu rouge, maintient une bougie allumée dans l’autre main. Il n’est plus seulement l’invocateur, il devient le messager d’un échange mystérieux. La présence du rouge, seule teinte vive au cœur de cette obscurité brûlante, accentue la tension dramatique.

Enfin, la cinquième image brise la solitude du protagoniste. Un autre homme se tient à ses côtés. L’épreuve est achevée, mais le spectateur reste en suspens. Qui est ce nouvel acteur ? Est-ce un guide ou une entité venue de l’autre rive ? En laissant ce doute planer, Ralff Therance Lhyliann achève son travail sur une note énigmatique. 

Une immersion dans la spiritualité endogène du Congo 

Ce qui rend la série L’appel de l’eau si captivante, c’est sa capacité à faire résonner un héritage cultuel à travers une mise en scène contemporaine. Le photographe congolais ne se contente pas de documenter un rituel, mais il le transpose dans une esthétique où chaque détail porte en lui une charge spirituelle forte. 

Le texte qui accompagne la série renforce cet ancrage mystique. L’artiste y interroge la nature du rêve, du désir et du sacré jusqu’à convoquer la figure de la Mami Wata, cette sirène des eaux aux intentions ambivalentes qui hante les nuits de ceux qu’elle choisit. Vu sous cet angle, la série se fait écho d’un imaginaire collectif où les frontières entre le réel et le spirituel sont toujours présentes.

L’appel de l’eau est une expérience spirituelle. En jouant sur l’obscurité et la lueur fragile des bougies, Ralff Therance Lhyliann sublime le mystère, force à examiner chaque ombre, à deviner ce qui se cache dans le hors-champ. Il invite à se perdre dans les méandres d’un rite dont on ignore l’issue.

Edouard KATCHIKPE (Bénin)
Article rédigé dans le cadre d’un atelier de critique photographique, organisé à Cotonou (Bénin), du 11 au 18 mars 2025, sous la direction du critique malgache Élie RAMANANKAVANA 

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