“L’appel de l’eau” : quête spirituelle personnelle de Ralff Therance Lhyliann

Il engage une démarche de réappropriation culturelle en mettant en lumière une spiritualité africaine souvent marginalisée.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Ralff Therance Lhyliann, photographe congolais et médaillé d’argent aux XIème Jeux de la Francophonie, utilise son art pour dénoncer les injustices sociales en donnant la parole aux minorités et aux oubliés. Avec sa série « L’appel de l’eau”, il engage une démarche de réappropriation culturelle en mettant en lumière une spiritualité africaine souvent marginalisée. Loin des stéréotypes exotiques ou folkloriques, son travail valorise les savoirs traditionnels et raconte l’histoire d’êtres naviguant entre les mondes, présentant ainsi une quête de guérison personnelle et une approche spirituelle ancrée dans le patrimoine africain.

Rituel et quête spirituelle : un dialogue avec l’invisible

L’œuvre de Ralff Therance Lhyliann s’inscrit dans une démarche de valorisation des savoirs traditionnels mystique, où chaque tableau capte un instant précis d’un rituel sacré.

Plongé au cœur d’une forêt, dans la nuit profonde, un homme vêtu de blanc s’agenouille, cinq flammes en demi-cercle.

Des fleurs en offrande, un geste ancien.

La rivière tremblote sous sa main battante

Un tissu rouge en main, il marche, guidé par l’astre 

Une dame, vêtue de rouge enroulée, À deux, ils avancent, sous la lune témoin

La rivière, omniprésente, joue le rôle de passage, frontière entre le monde visible et l’invisible. Les gestes ritualisés soulignent une approche spirituelle où chaque détail semble porteur de sens.

Loin d’être une simple mise en scène, la série suit une progression initiatique marquée par des gestes précis et des éléments symboliques répétitifs. Le personnage, vêtu de blanc, évolue au sein d’une forêt nocturne, un espace qui, dans de nombreuses traditions, représente le mystère, l’inconnu et l’entre-deux-mondes. La rivière, élément central dans plusieurs œuvres, agit comme un seuil entre le visible et l’invisible, un lieu de passage où l’homme cherche à établir un lien avec une présence transcendante.

Il émet un langage visuel à travers l’usage des bougies rouges, des fleurs, de l’eau et des postures du personnage. Dans « Je t’invoque », l’homme est agenouillé, entouré de cinq flammes disposées en demi-cercle, un geste d’appel, d’ouverture à l’au-delà. L’usage du blanc, du rouge et de la lumière, symboles de  pureté et de passion, renforce ce lien entre offrande et sacrifice, entre demande et acceptation. Au fil des œuvres, l’interaction avec l’eau devient plus intense : le personnage verse un liquide sur les fleurs dans « Reçois cette offrande », puis plonge sa main dans la rivière dans « Viens à moi », comme s’il cherchait un contact direct avec la force qu’il invoque.

Lumière et obscurité : un contraste harmonieux  

L’un des éléments les plus saisissants de cette série est la manière dont l’artiste joue avec la lumière pour accentuer la dimension mystique de son récit. Dans un environnement où la nuit domine, seules quelques sources lumineuses viennent rompre l’obscurité : la lune, les bougies, le reflet de l’eau. Cette dualité entre ombre et lumière renforce l’idée d’une présence invisible, d’une attente, d’un dialogue silencieux entre l’homme et ce qu’il espère voir apparaître.

Dans « Je réponds à ton appel », l’évolution est marquée par un changement de posture : le personnage n’est plus agenouillé, mais debout, en mouvement. Il tient un tissu rouge dans une main et une bougie allumée dans l’autre, avançant dans la nuit, porté par la lumière qu’il génère lui-même. L’homme devient le porteur de sa propre lumière. À travers cette scène, l’artiste nous révèle que dans cette quête, l’obscurité n’est plus un obstacle, mais une lueur d’espoir pour la présence espérée.

L’aboutissement de la quête 

La dernière œuvre, « Je suis à toi », marque l’apogée du rituel initiatique. L’homme n’est plus seul : à ses côtés, une femme vêtue de rouge, signe d’une présence enfin révélée. Leur posture, debout et tournée vers la même direction, montre un accomplissement, une fusion entre le visible et l’invisible, entre l’humain et le spirituel.

Cette ultime scène scelle la quête. L’homme, parti seul, trouve une réponse, une présence qui partage désormais sa lumière. La lune et la bougie, toujours présentes, soulignent la persistance du dialogue entre ombre et clarté, entre ce qui est réelle et ce qui ne l’est pas.

Dans cette série, Ralff Therance Lhyliann explore avec subtilité la frontière entre le perceptible et l’imperceptible, entre attente et révélation. En s’appuyant sur des éléments symboliques forts et une mise en scène poétique, il nous invite à une réflexion sur la foi, la quête intérieure et la relation entre l’homme et l’inconnu. Plus qu’une simple série d’images, son œuvre est une quête personnelle.

Au-delà de la quête qui sous-tend cette série, Ralff Therance Lhyliann propose une réflexion sur l’identité, la transmission et la place du sacré dans le monde contemporain. Par son travail, il démontre que la photographie n’est pas qu’un art de l’instant. 

Edith AWOUZOUBA (Togo)
Article rédigé dans le cadre d’un atelier de critique photographique, organisé à Cotonou (Bénin), du 11 au 18 mars 2025, sous la direction du critique malgache Élie RAMANANKAVANA

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