Politiques du cinéma en Afrique : modèles, moyens et ambitions au coeur d’un panel à Timimoun

Les expériences du Sénégal, du Congo, de l’Algérie et de la Tunisie en lumière.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Au lendemain de l’ouverture du Festival international du court-métrage de Timimoun, la première table ronde du programme professionnel tenue le 14 novembre, a donné le ton en proposant une réflexion approfondie sur les politiques publiques, la structuration économique et la circulation des œuvres dans le cinéma africain.

Modérée par Fayçal Sahbi, directeur artistique du festival, cette rencontre a rassemblé des responsables d’institutions cinématographiques de plusieurs pays, offrant un regard éclairé et sans concession sur les défis auxquels le secteur est confronté et sur les perspectives d’avenir. Dès son introduction, Fayçal Sahbi a souligné la portée symbolique de l’organisation de ce panel à Timimoun, rappelant que penser le cinéma depuis le Sud algérien était une manière concrète de matérialiser la décentralisation culturelle et de repenser les circuits de création et de diffusion.

Sa modération attentive a permis de relier les interventions autour des thèmes centraux que sont le financement, la formation, les infrastructures et la coopération, tout en laissant chaque intervenant expliciter son expérience nationale et les leçons qui peuvent être partagées à l’échelle continentale.

Germain Coly, directeur du CIC au Sénégal, a ouvert les discussions en rappelant le rôle structurant de l’État sénégalais pour le développement du cinéma et l’importance du Fonds de Promotion de l’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle, connu sous le sigle FOPICA. Créé en 2002 et lancé officiellement en 2013, ce fonds public vise à soutenir l’ensemble de la chaîne de production et de diffusion, de la conception à la promotion des œuvres, avec un accent particulier sur le court métrage.

Il a insisté sur le fait que la professionnalisation des métiers techniques et artistiques passe par une articulation claire entre politiques publiques, financement stable et accompagnement technique des projets. Il a également évoqué les défis liés à la diversification des sources de financement et la nécessité d’innover pour renforcer la souveraineté culturelle face à la pression des marchés internationaux. L’expérience sénégalaise illustre combien la mise en place de mécanismes transparents et la définition de critères de sélection précis peuvent soutenir l’émergence de nouvelles générations de cinéastes et de producteurs tout en consolidant les infrastructures existantes.

Balufu Bakupa-Kanyinda, directeur du Centre du cinéma au Congo, a pris la parole ensuite pour dresser un tableau plus nuancé de la situation dans son pays. Après des décennies où le cinéma avait été instrumentalisé à des fins politiques, le Congo se trouve aujourd’hui confronté au défi de construire un écosystème autonome capable de soutenir une production durable. Bakupa-Kanyinda a souligné que cette reconstruction passe par la création d’outils institutionnels robustes, la conservation et la valorisation des archives, ainsi que le développement de structures telles que les centres culturels et les résidences artistiques. Il a insisté sur l’importance de donner aux professionnels un espace de maturation, d’expérimentation et de collaboration, tout en s’assurant que les politiques publiques restent cohérentes et orientées vers la professionnalisation. Selon lui, la relance d’un tissu cinématographique solide repose sur la capacité à combiner soutien étatique, initiatives privées et partenariats internationaux sans que la vision artistique locale ne soit compromise.

En troisième position, Zineddine Arkab, directeur du Centre algérien du développement du cinéma, a présenté l’expérience algérienne, qui s’inscrit dans un processus de restructuration des institutions nationales et de décentralisation culturelle. Arkab a décrit le rôle du CADC dans l’accompagnement des projets, le soutien technique et logistique aux tournages, la constitution de partenariats de coproduction, la conservation des archives et la promotion des jeunes talents. Il a rappelé que le festival de Timimoun s’inscrit dans une stratégie plus large visant à créer des pôles de production et de diffusion hors des capitales et à renforcer l’ensemble de la chaîne professionnelle.

Il a également précisé que l’écosystème cinématographique algérien repose sur des structures complémentaires : le CADC chargé du développement et de l’accompagnement, le Centre National de la Cinématographie et de l’Audiovisuel dédié à la gestion du patrimoine, aux archives et à la promotion internationale, et le Centre Algérien de la Cinématographie, rattaché au ministère de la Culture, qui encadre les politiques publiques, les colloques, formations et festivals. Ces institutions font l’objet d’une restructuration profonde afin d’adapter les missions aux besoins contemporains du secteur. Arkab a évoqué les Assises nationales du cinéma algérien organisées en janvier 2025, qui ont permis de rassembler cinéastes, techniciens, producteurs et institutions afin d’établir un diagnostic commun et de tracer une feuille de route pour relancer une industrie cinématographique durable et transparente.

Chaker Chihi, directeur du Centre national du cinéma et de l’image en Tunisie, a enrichi les échanges en présentant l’expérience tunisienne, reconnue pour sa stabilité institutionnelle et sa capacité à articuler soutien étatique, coproductions internationales et laboratoires d’écriture. Il a insisté sur l’importance des résidences et espaces de maturation pour les projets, qui permettent de consolider la qualité et la viabilité des productions tout en offrant un modèle utile de coopération interafricaine.

Les discussions ont ensuite naturellement porté sur les axes prioritaires pour l’avenir : il est apparu clairement que le financement public reste indispensable pour garantir une autonomie créative, mais qu’il doit être complété par des mécanismes innovants permettant d’attirer des investissements privés et de soutenir des coproductions équilibrées. La formation continue et l’élévation du niveau des compétences techniques et artistiques sont des conditions essentielles pour que la jeune génération de professionnels puisse s’inscrire dans des carrières durables et contribuer à l’émergence d’une industrie africaine moderne.

La coopération Sud–Sud a été présentée comme un modèle stratégique, et l’idée d’une alliance entre Alger, Dakar, Tunis et Kinshasa a été formulée pour mutualiser compétences, infrastructures et fonds de coproduction afin de renforcer la capacité des cinéastes africains à produire et diffuser leurs œuvres dans des conditions équitables.

En conclusion, la table ronde inaugurale du festival de Timimoun a démontré que la vitalité créative du cinéma africain doit être accompagnée par des politiques publiques ambitieuses, des instruments financiers pérennes et un réel engagement pour la formation et l’équipement.

Grâce aux interventions croisées des représentants du Sénégal, du Congo, de l’Algérie et de la Tunisie, les discussions ont tracé une feuille de route pragmatique visant à consolider les fonds nationaux, encourager la décentralisation, professionnaliser les métiers et développer des cadres de coopération continentale.

Leila ASSAS (Collaboratrice) www.noocultures.info
Envoyée Spéciale à Timimoun, en collaboration avec l’Agence Ziara Culture

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