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Rencontres de Bamako 2026 : Armelle Dakouo et le pari de la refabulation

www.noocultures.info – La 15e édition de la Biennale africaine de la photographie s’ouvre le 26 novembre 2026 à Bamako au Mali sous le thème de « REFABULATION(S) ». À sa tête, Armelle Dakouo, la commissaire générale, entend réconcilier la biennale avec ses publics, reconquérir la scène internationale et faire de la photographie un acte de résistance.
Il y a dans le mot « refabulation » quelque chose de délibérément frontal. Pas une invitation à l’évasion. Plutôt une injonction à reprendre la main. Armelle Dakouo, commissaire générale de la 15e édition des Rencontres de Bamako, la Biennale africaine de la photographie, a choisi ce concept emprunté à Chinua Achebe pour structurer une édition qui se tiendra du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027. La thématique ne cache pas ses ambitions. Dans un monde où les crises s’accumulent et où les récits dominants continuent de dicter leurs termes, les artistes sont convoqués pour en produire d’autres. « Par la puissance de leur narration, ils nous orientent vers des alternatives et d’autres futurs envisageables », dit-elle dans un entretien accordé à notre confrère malien, Mory Touré.
melle Dakouo est la première femme francophone africaine à exercer cette fonction depuis la création de la biennale en 1994. Ce n’est pas un détail. Depuis 2016, la direction artistique de l’évènement est passée entre les mains d’un comité de pilotage composé d’artistes chorégraphes et de commissaires africains. La nomination d’Armelle Dakouo s’inscrit dans cette dynamique de réappropriation progressive de l’institution par le continent. Elle arrive avec un parcours construit à l’international – ancienne directrice artistique de la foire AKAA (Also Known As Africa) à Paris, commissaire de la 2e édition de la Congo Biennale à Kinshasa en 2022 – et une connaissance des scènes africaines contemporaines que son cursus a solidifiée sur plus d’une quinzaine d’années.
Repositionner la biennale, aller vers les publics
La question de la visibilité internationale est posée sans détour par la commissaire elle-même. « Le premier challenge est de repositionner la Biennale à l’international et de lui redonner cette visibilité qu’elle a toujours eue, mais qui était moins palpable lors de la dernière édition », reconnaît-elle. Significativement, c’est au retour de la Biennale de Venise qu’elle formule ce constat, signe que le circuit international des grandes expositions reste l’étalon implicite.

Mais l’ambition ne se joue pas qu’à l’extérieur. Armelle Dakouo veut faire de cette 15e édition une biennale pour les Maliennes et les Maliens, pas seulement un événement que l’on observe de loin. La transdisciplinarité, les lieux inattendus, la présence dans des espaces non conventionnels sont autant de leviers pour aller vers les publics plutôt que d’attendre qu’ils viennent. Les expositions se déploieront dans plusieurs sites de Bamako, dont le Musée national, la Maison africaine de la photographie et le Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ. La programmation sur deux mois est conçue pour faire vivre la biennale au quotidien, avec des événements réguliers entre l’ouverture du 26 novembre et la clôture du 26 janvier 2027.
La photographie comme pratique polymorphe
Sur le plan artistique, la Commissaire pose clairement ses critères de sélection. Ce qu’elle cherche dans les dossiers, c’est la cohérence du propos et la manière dont chaque artiste s’est approprié la notion de refabulation. Mais elle signale aussi une mutation plus large de la pratique photographique elle-même. Le tirage encadré n’est plus l’horizon unique. « La photographie ne se limite plus au support traditionnel en deux dimensions, elle est devenue diverse et polymorphe, s’exprimant à travers des installations, des impressions textiles ou des formes sculpturales », explique-t-elle. Cette évolution est inscrite dans le projet curatorial de l’édition, qui valorisera les propositions transdisciplinaires mêlant plusieurs formes artistiques.
Cette ouverture formelle n’est pas anodine dans un contexte malien et continental marqué par des transitions politiques et des repositionnements géopolitiques profonds. La 15e édition s’inscrit dans le cadre de « l’Année de l’éducation et de la culture 2026-2027 » décrétée par le chef de l’État malien Assimi Goïta. Le fait que la biennale continue de fonctionner dans ce contexte politique reconfiguré est lui-même un enjeu que le milieu de l’art contemporain africain observe.
La semaine professionnelle comme levier de marché
La dimension professionnelle de l’événement est au cœur du projet. Si la programmation publique est pensée sur deux mois, une semaine dédiée réunira un large panel d’experts du milieu pour permettre aux artistes de créer des opportunités d’exposition à l’international. C’est là, dit Armelle Dakouo, « tout l’enjeu de cette semaine dédiée ». En cela, la biennale se positionne aussi comme un instrument de structuration du marché de la photographie africaine contemporaine, une logique qui rejoint les débats sur la chaîne de valeur des ICC, récurrents sur les grandes scènes professionnelles du continent.
Refabuler, dans ce cadre, n’est pas seulement une proposition esthétique. C’est une posture économique et politique. Bamako redevient, pour deux mois, le lieu où l’Afrique se regarde et décide de la façon dont elle veut être regardée.
Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info







