Timimoun : le court métrage fait courir public et professionnels

Les projections de films court métrage s’enchainent. Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

Timimoum, Algérie / www.noocultures.info – Entre la salle de cinéma et le théâtre de cette ville du sud-ouest de l’Algérie, les journées auront presque les mêmes rythmes, du 14 au 18 novembre 2025. Les projections de films court métrage s’enchainent. Et ce n’est pas pour déplaire aux populations locales, aux amateurs et aux professionnels du cinéma présents.

Ce vendredi 14 novembre, au lendemain de l’ouverture officielle de la 1ère édition du Festival international du Court Métrage qu’abrite Timimoun, 15 films fiction et documentaire en compétition dans les catégories nationale (Algérie) et internationale ont été projetés dans deux espaces de la ville.

D’abord dans la salle de cinéma de Timimoun, en début d’après-midi avec, en compétition internationale Documentaire Before 16 (Burundi, 11 min), Homeless (Egypte, 35 min), Don’t Walk Away (Algérie, 17 min), Melody of Dunes (Lybie, 30 min) et 2002 : Bataille contre l’oubli (Sénégal, 16 min) ; suivi de cinq films en compétition nationale à savoir Boualem a tout entendu (17 min), Lila ( 10 min), Clef du Sol (22 min), El Briya (13 min) et Inconnu (13 min).Dans la soirée, le théâtre de verdure de la ville a connu les projections de cinq films fictions : Less WAXUL (RCA / Sénégal / Belgique, 21 min), Œufs au plat (Algérie / Allemagne, 10 min), Night Watchers (Algérie, 23 min), The Last Ranger (Afrique du Sud / USA, 28 min) et Your Delivery, Sir (Egypte, 25 min).Toutes ces projections sont suivies par un public nombreux, d’amateurs et professionnels, internationaux ou nationaux invités, et de public local, avec la même constance. D’une projection à une autre, les espaces ne désemplissent pas. Bien au contraire.

Engouement

À Timimoun, l’affluence dépasse les attentes. Dans cette ville du sud-ouest algérien, où les occasions de voir un film sur grand écran sont rares, chaque projection devient un événement. Les habitants profitent de cette parenthèse lumineuse pour renouer avec un cinéma devenu trop lointain depuis la disparition progressive des salles dans le pays. Dans la soirée de ce vendredi 14 novembre, Le théâtre de verdure, transformé pour l’occasion en salle en plein air, résonne d’applaudissements et de discussions passionnées au contact des films projetés.

« Je suis sidérée par cette mobilisation mais aussi par cette fusion spontanée entre le public et les scènes à l’écran. Leur réaction demontre combien le cinéma est universel. C’était un moment inoubliable », confie à la fin de la projection, une réalisatrice membre d’un jury du festival. Mais l’engouement s’explique autant par la soif d’images que par la diversité des histoires portées à l’écran.

Les films documentaires, souvent intimes, abordent des thèmes universels : la mémoire, la résilience, les fractures sociales. Parmi les plus remarquables, 2002 : Bataille contre l’oubli du Sénégalais Abdoul Aziz Basse et Before 16 du Burundais Loïc Niyonkuru ont particulièrement touché le public par leur regard humain et sobre sur l’héritage des nouvelles générations. Pour le premier, par la force de la juxtaposition d’un moment festif (Coupe du Monde) et d’un drame national (Naufrage du Joola) survenu la même année (2002) en quelques mois d’intervalle. Pour le second, par la mise en avant d’un drame social universelle : le viol et ses répercussions.

Côté fiction, la sélection met en avant des cinémas d’auteur affirmés et des jeunes talents prometteurs. Less Waxul, coproduit entre la République centrafricaine, le Sénégal et la Belgique, et réalisé par le Sénégalais Yoro Mbaye, explore avec finesse les tensions morales d’une famille au cœur d’une survie économique mais aussi de luttes internes, tandis que The Last Ranger, de la Sud-africaine Cindy Lee, séduit par sa maîtrise technique et la puissance de son récit autour du braconnage des rhinocéros.

Ce brassage de formes et de sensibilités donne à Timimoun des airs de capitale éphémère du cinéma africain et arabe. Les projections deviennent autant de moments de découverte que de partage. Les réalisateurs présents dialoguent avec le public, souvent curieux de comprendre les dessous des tournages ou les choix esthétiques. Cette proximité entre créateurs et spectateurs crée une atmosphère rare, presque familiale.

Le paradoxe algérien

La projection des films algériens en compétition a permis de se rendre compte d’une grande maîtrise tant du recit que de l’image par les réalisateurs du pays. Une belle surprise dans un pays où, de l’avis des acteurs du cinéma, les salles de cinéma se font de plus rares, et les écoles de formation quasi inexistantes. Samy Lamouti, artiste digital et spécialiste d’effets spéciaux / 3D algérien explique ce « paradoxe » par la volonté affichée de la jeune génération de nouveaux cinéastes de s’accaparer du moindre espace possible pour continuer de s’affirmer.

« Personnellement, quand j’ai vu les courts-métrages, j’étais agréablement surpris par la qualité visuelle, du récit et du jeu, surtout que ce sont des jeunes cinéastes qui présentent leur premier ou second film. Les résultats, quand on connaît les maigres moyens, permettent d’être fiers de cette génération. J’ai même vu des effets spéciaux qui m’ont bien plu » a-t-il confié à la fin de la projection.

Mais au-delà des films et de cet engouement, c’est le symbole qui marque les esprits. Dans un pays où le cinéma cherche à retrouver son souffle, voir naître un festival international dans une ville enclavée comme Timimoun est un geste fort. Il traduit une volonté de décentraliser la culture, d’amener l’art là où on ne l’attend pas. Ce pari semble déjà gagné tant la population s’est approprié l’événement. À Timimoun, le cinéma et en particulier le court-métrage redonne surtout espoir à un cinéma algérien en quête de visibilité, et prouve que même loin des grands circuits, l’amour du septième art continue de battre fort.

Eustache AGBOTON, Envoyé spécial à Timimoun ©www.noocultures.info

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