Paroles d’un écrivain en circulation.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…
Alexandre Lenot : « La littérature est un chemin de ralentissement »

www.noocultures.info – Lauréat du Prix des cinq continents 2026 de l’OIF pour son roman Cette vieille chanson qui brûle, Alexandre Lenot parcourt actuellement l’Afrique. À Abidjan en Côte d’Ivoire et Rabat au Maroc, l’écrivain livre une réflexion sur l’urgence de retrouver du temps long face au numérique et défend un espace francophone fondé sur l’attention.
Passer du silence de sa chambre à l’effervescence des grands salons littéraires africains n’est pas un exercice anodin. Pour Alexandre Lenot, auteur franco-égyptien, cette tournée constitue « un privilège inespéré pour confronter son écriture aux réalités d’un espace francophone en pleine mutation ». Le périple a débuté au Salon International du Livre d’Abidjan (SILA), tenu du 28 avril au 02 mai 2026. Il se poursuit au Salon International de l’Édition et du Livre (SIEL) de Rabat, du 1er au 10 mai 2026. Soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ce séjour illustre une volonté de créer des ponts permanents entre les auteurs et les professionnels de la chaîne du livre. Derrière les échanges protocolaires, c’est une véritable profession de foi dans le livre que l’écrivain est venu porter au Maroc.
Entre vitalité créative et fragilités structurelles
Le premier temps fort de cette escale à Rabat a été organisé le 4 mai par l’OIF. Il a permis de poser un diagnostic lucide sur la filière. Le dialogue entre les éditrices Nadia Essalmi (Yomad éditions), Kenza Sefrioui (En toutes lettres) et Claudia Pietri (OIF) a mis en lumière la tension entre le dynamisme de la création et la fragilité des circuits de diffusion. L’enjeu dépasse la promotion d’un lauréat. Il s’agit de favoriser un espace du livre réellement polycentrique où l’ancrage territorial des œuvres n’empêche pas leur découvrabilité internationale.
À travers ces tables rondes, l’OIF réaffirme son rôle au chevet de la bibliodiversité. Pour Alexandre Lenot, cette immersion est aussi l’occasion de pointer les dangers de l’outil numérique qu’il qualifie « d’horrible petit parasite ». Face à des contenus vides qui mangent la tête, il perçoit la littérature comme un « acte politique de résistance et un outil de ralentissement nécessaire ». Pour lui, « la littérature n’a pas pour rôle de réparer le monde, mais de travailler les mots à une échelle intime pour rendre visible ce qui ne l’est plus ».
Habiter la langue pour briser les sortilèges
Le second volet de cette programmation s’est tenu le 5 mai autour du rapport à l’altérité. La rencontre entre Alexandre Lenot et Khalid Lyamlahy (Mention spéciale 2024 du Prix des cinq continents) a révélé que leurs œuvres respectives sont nées d’un sentiment commun de colère face à des drames humains ou des violences institutionnelles. Bien que leurs récits divergent (de la marche filiale dans une forêt française chez Lenot à la noyade d’un réfugié gambien chez Lyamlahy), une même exigence les rassemble. Ils écrivent depuis le bord du silence pour redonner une existence littéraire à des vies effacées par l’oubli.
Cette quête de lenteur est au cœur de l’intrigue de Lenot. On y suit le monologue intérieur de Noé, un jeune garçon qui tente de reconstruire un monde effondré. L’auteur explique que son personnage essaie de briser le sortilège et de sortir d’une enfance perçue de manière traumatique. En utilisant une langue partagée « pour prendre soin les uns des autres », la tournée confirme l’ambition de l’OIF de faire de l’expression française le lieu d’un authentique dialogue des cultures. La traversée se poursuivra désormais à Madagascar et à l’Île Maurice.
Eustache AGBOTON, avec Olivier Roland KAMBIRÉ à Rabat © www.noocultures.info








