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Biennale de Venise 2026 : l’Afrique élargit sa carte, au-delà de l’effet symbole

www.noocultures.info – Parmi les nations africaines participant à la 61e Biennale de Venise, la Guinée, la Guinée Équatoriale, la Sierra Leone et la Somalie signent leur première apparition. Cette progression substantielle traduit un déplacement des stratégies culturelles du continent sur la scène internationale.
Le 9 mai 2026, la Biennale de Venise a ouvert ses portes avec un record de treize pavillons nationaux africains. Derrière ce chiffre, souvent utilisé comme simple indicateur de représentation, se joue une réalité plus complexe. Participer à Venise ne consiste pas seulement à exposer des œuvres. Il faut financer un lieu, produire une exposition et assurer une logistique lourde. Il faut aussi mobiliser des réseaux diplomatiques et médiatiques mondiaux. Entrer dans ce système exige des capacités structurelles solides. L’arrivée de ces quatre nouveaux pays témoigne d’une réelle montée en puissance institutionnelle.
L’héritage curatorial de Koyo Kouoh
Cette édition est marquée par le projet posthume de Koyo Kouoh. Première commissaire africaine à diriger l’exposition internationale, elle s’est éteinte en mai 2025. Son équipe a mené à bien sa vision intitulée « In Minor Keys ». Le titre emprunte au vocabulaire musical. Il s’intéresse aux récits qui se développent hors des tonalités dominantes. Cette proposition résonne avec l’histoire des scènes artistiques africaines. Elles ont longtemps été observées depuis la périphérie. Aujourd’hui, elles s’imposent depuis leurs propres centres.
Les nouveaux pavillons s’inscrivent dans ce sillage. Ils rendent visibles des écosystèmes déjà matures. La Somalie investit le Palazzo Caboto avec le projet Saddexleey. Les artistes Ayan Farah, Asmaa Jama et Warsan Shire utilisent la tradition poétique comme une archive vivante. Le geste est politique. Il oppose l’ancienneté d’une culture intellectuelle à l’imaginaire international de la crise. De son côté, la Sierra Leone privilégie un format transnational au Liceo Guggenheim. L’identité nationale y est pensée dans la circulation et le dialogue avec des créateurs africains et européens.
Diplomatie culturelle et défis de continuité
La République de Guinée propose l’entrée la plus explicitement souveraine. Sur l’île de San Servolo, l’exposition « Le Son de l’Art, l’Écho de la Matière » réunit cinq artistes guinéens issus du territoire national et de la diaspora. Le projet bénéficie de partenariats institutionnels italiens et s’inscrit dans la stratégie nationale Simandou 2040. La culture y est assumée comme un instrument de projection internationale. La Guinée Équatoriale, elle, occupe le Palazzo Donà dalle Rose avec « The Forest / The Undergrowth ». Le projet croise l’écologie et les cosmologies spirituelles de la forêt tropicale équatoriale. Un ancrage territorial fort, qui fait du rapport au vivant une langue artistique à part entière.
La présence africaine à Venise a longtemps été lue sous l’angle du retard ou de l’exception. Cette lecture s’épuise. Le sujet n’est plus seulement de faire entrer l’Afrique dans les institutions centrales. Il s’agit de voir comment les États utilisent ces plateformes pour leur narration nationale et leur attractivité. Venise devient un terrain où se négocient de nouveaux rapports de force culturels.
Le vrai test commencera après la clôture du 22 novembre prochain. Un pavillon inaugural peut relever de l’exploit ponctuel. Installer une présence durable exige des financements récurrents et des institutions locales crédibles. C’est là que se jouera la suite. L’enjeu n’est plus l’émotion de la première fois. Il réside dans la capacité à transformer l’apparition en continuité structurelle. La progression africaine à Venise prendra tout son sens quand un pavillon national ne sera plus un événement exceptionnel, mais une évidence.
Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info







