ORUN x MASA 2026 : Le Village de l’Innovation, aux avant-postes d’une souveraineté culturelle africaine

À Abidjan, le futur a pris forme le temps d’une semaine.Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Parmi les nombreuses initiatives qui ont ponctué cette édition du MASA, le Village de l’Innovation, porté par Orun s’est imposée avec une force particulière. Ni simple espace d’exposition, ni dispositif de médiation ordinaire, ce lieu a fonctionné comme un véritable laboratoire vivant celui où se redessinent, sous nos yeux, les contours économiques, technologiques et symboliques de la création africaine de demain.

ENVOYÉ SPÉCIAL À ABIDJAN – La question qui sous-tend l’initiative est aussi vieille que douloureuse : comment se fait-il que l’Afrique, dont les imaginaires irriguent depuis des décennies les tendances culturelles mondiales de la musique à la mode, des arts visuels à la littérature , ne parvienne pas à capter les retombées économiques de cette influence ? Face à ce diagnostic, le Village ne se contente pas d’une réponse symbolique. Il propose une lecture résolument industrielle de la culture, où chaque œuvre, chaque geste créatif est envisagé comme un actif : quelque chose qui peut être valorisé, protégé, inscrit dans des chaînes de valeur pérennes.

Ce qui frappe dès le premier regard, c’est la cohérence du propos spatial. Les technologies déployées. Intelligence artificielle, réalité étendue, vidéomapping  ne viennent pas remplacer les formes culturelles existantes. Elles les prolongent, les réinterprètent, leur offrent de nouveaux régimes de perception. La mode et le textile trouvent ici un dialogue inédit avec le numérique, sans que l’un ne dévore l’autre. Les visiteurs ne sont pas cantonnés au rôle de spectateurs passifs. Ils expérimentent. Installations immersives, performances hybrides, expositions interactives la scénographie tout entière est pensée comme une expérience sensorielle totale, un espace de circulation entre temporalités où le passé engage une conversation franche avec des futurs possibles.

Dans ce contexte, l’initiative L’appel au tambour, menée en partenariat avec Ivoire Black History Month autour du conteur C’katcha, offre un contrepoint éloquent. Elle rappelle, avec une évidence presque provocatrice, que l’innovation ne se réduit pas à la technologie : elle réside aussi dans la réactivation des formes narratives ancestrales, dans la capacité à faire vivre des récits oraux en leur donnant un nouveau souffle.

Créer depuis l’intérieur : quand le patrimoine rencontre le numérique

C’est précisément ce défi que relève Cris Douty, fondateur du projet Poé Gnan, l’un des acteurs présents au Village. Son travail, qui mobilise réalité virtuelle et réalité augmentée pour faire découvrir la culture ivoirienne notamment aux enfants , part d’un constat simple : « Notre génération et les générations en dessous sont de plus en plus déconnectées du patrimoine. Avec ces nouvelles technologies, nous apprenons à tous ceux qui aimeraient en savoir plus ce qui existe chez nous, notre riche patrimoine.» Une phrase qui dit, mieux que n’importe quelle analyse, pourquoi le Village existe.

Le projet est, en ce sens, l’incarnation parfaite de ce que cherche à encourager Orun : des créateurs capables de mobiliser le numérique non pas pour fuir le passé, mais pour le rendre vivant, accessible, désirable. Le Village de l’Innovation ne se présente d’ailleurs pas en repli identitaire bien au contraire. En invitant des références mondiales des arts numériques à côtoyer des créateurs locaux, Orun adopte la posture d’un acteur africain capable de dialoguer à égalité avec les grandes scènes internationales, tout en nourrissant son propre écosystème. Cette stratégie s’inscrit dans une trajectoire déjà engagée lors d’événements tels que la Fashion Week de New York ou le Salon international du contenu audiovisuel une montée en puissance progressive et délibérée, non pas comme simple vitrine, mais comme véritable plateforme de production, de circulation et d’influence.

Ancrer, structurer, projeter

Au-delà de l’effervescence de l’événement, le Village a été le lieu d’annonces durables. L’une des plus significatives : le lancement du futur Village Orun à Bouaké. Pensé comme un hub de création, de formation et de production, ce centre ambitionne de rassembler artisans, designers, chercheurs et entrepreneurs autour d’un objectif commun : moderniser les métiers d’art et structurer des filières locales. Portée notamment par Abdoulaye Diaw, l’initiative s’inspire du modèle de l’Université Mohammed VI Polytechnique, croisant recherche, innovation et savoir-faire artisanal. L’objectif : former une nouvelle génération de créateurs aussi à l’aise avec un métier à tisser qu’avec un logiciel de conception 3D.

Le rôle d’Orun est ici celui d’un catalyseur : en démontrant par des projets concrets la viabilité économique des industries créatives, l’initiative contribue à reconfigurer la perception des investisseurs. Mais la montée en échelle exigera des infrastructures lourdes, des cadres juridiques adaptés et des mécanismes de financement innovants — autant de chantiers qui dépassent le périmètre d’un seul acteur.

À cela s’ajoute une dimension responsable qui mérite d’être soulignée. Le Village est certifié ISO 20121, norme internationale dédiée à la gestion durable des événements. Ce positionnement témoigne d’une volonté de conjuguer innovation technologique et responsabilité écologique.

Un prototype en expansion

Ce qui s’est joué à Abidjan durant cette semaine d’avril dépasse le cadre d’un festival. Le Village de l’Innovation du MASA 2026 a fonctionné comme un prototype opérant un modèle encore en construction, mais déjà capable de produire des effets concrets sur les acteurs, les imaginaires et les décisions. Il est désormais appelé à se déployer, à commencer par Bouaké, puis à l’échelle continentale : une tentative de transformer l’imaginaire africain en ressource stratégique, génératrice de valeur, d’emplois et de récits.

À Abidjan, le futur a pris forme le temps d’une semaine. L’enjeu, maintenant, est de lui donner une continuité. Car un élan qui ne s’institutionnalise pas finit toujours par se dissoudre dans l’éphémère. Et ce que porte Orun mérite mieux que l’éphémère.

Leïla ASSAS, de retour d’Abidjan ©www.noocultures.info

Restez au courant de nospublications et opportunités.

Abonnez-vous
à la newsletter

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *