Diffusion du spectacle vivant : sortir de l’économie du « vivotage » pour bâtir un marché souverain

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www.noocultures.info – Le 51e Forum Culturel de noocultures, organisé en partenariat avec MASA d’Abidjan le 10 janvier 2026, a mis en lumière les fractures persistantes qui entravent la circulation des œuvres sur le continent africain. Et les acteurs du secteur appellent à une révolution des consciences et des réseaux.

La scène africaine ne peut plus se contenter d’exister par intermittence. Le constat, bien que sévère, est celui d’une nécessité historique : le spectacle vivant doit muer pour survivre. Pour Aristide Tarnagda, directeur artistique des Récréâtrales au Burkina Faso, le modèle actuel est marqué par une « insoutenabilité économique » chronique. Les structures ne font que « vivoter », faute d’autonomie financière et d’une production continue capable de dessiner un horizon lointain.

Au cœur de cette problématique se trouve la question du destinataire de l’œuvre. Aristide Tarnagda défend alors une approche de proximité : la création doit d’abord « se parler à soi-même » avant de prétendre au monde. Il cite l’exemple probant de ce jeune chorégraphe à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) qui, en puisant dans le lexique des danses traditionnelles, a réussi à mobiliser un public local prêt à payer pour voir sa propre culture sublimée. Cette économie de proximité est, selon lui, le premier acte d’indépendance.

Souveraineté

Cependant, cette volonté de reconnexion se heurte à des réalités géopolitiques brutales. En République Centrafricaine, Idylle Mamba, promotrice du Tî-Ï Festival, décrit un « désert de création » où 80 % des artistes ont cessé de produire par manque de stabilité. L’absence de politiques culturelles nationales claires fragilise non seulement la créativité, mais aussi la qualité des œuvres. Pour elle, l’urgence est à l’éducation culturelle du peuple via des centres indépendants qui tentent, malgré tout, d’inviter le public des quartiers à se réapproprier l’espace scénique.

Mais le blocage n’est pas uniquement financier, il est tout aussi logistique. La mobilité reste le verrou majeur de l’intégration culturelle. Quito Abrão Tembe, directeur de la plateforme Kinani au Mozambique, refuse de voir les festivals africains comme de simples comptoirs pour acheteurs occidentaux. Sa réponse est pragmatique : la mise en place de réseaux régionaux de mutualisation.

En connectant cinq pays d’Afrique Australe, il démontre qu’il est possible de renégocier les dates de tournées et de partager les coûts de production. L’enjeu est de créer des « marchés intelligents » où la priorité est donnée à la liaison et à l’interaction entre directeurs de festivals du continent. Pour Quito Tembe, cette solidarité est aussi une arme politique. Elle doit permettre aux acteurs culturels de peser sur les décisions nationales et de protéger la production locale des interférences ou du désintérêt des gouvernants.

Générosité universelle

Si l’ancrage local est le socle, il ne doit pas être un enfermement. Aristide Tarnagda rappelle que la création est avant tout un geste de générosité destiné à être partagé avec le monde entier. Mais pour que cette générosité soit possible, il faut que l’artiste africain puisse circuler chez lui, sur son propre continent.

Et c’est sur cette double capacité que se joue l’avenir du spectacle vivant africain. Il doit savoir séduire son voisin de palier tout en construisant les passerelles professionnelles qui permettront à l’œuvre de voyager d’Abidjan à Maputo, sans nécessairement transiter par Paris ou Bruxelles. Tout un défi !

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info
Illustration : Soirée Partage avec Mohamed Mbougar Sarr aux Récréâtrales 2022 à Ouagadougou (Burkina Faso) ©Eustache AGBOTON

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