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« Blue Dream » de Sika da Silveira : quand les arbres parlent à l’âme

www.noocultures.info – Après avoir exposé une partie de la série Blue Dream en 2024 à la Biennale de Dakar, la Béninoise Sika da Silveira revient à la rencontre du public avec un ensemble d’œuvres approfondi et assumé. À travers une photographie dominée par le bleu, l’artiste propose un appel doux, presque silencieux, adressé à chaque humain, sur le lien intime, vital et souvent oublié qui l’unit aux arbres.
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L’œuvre photographique présentée s’inscrit d’abord dans une expérience visuelle immédiate où le regard est happé par une dominante chromatique bleue, profonde et enveloppante. Les arbres occupent le centre du cadre, photographiés en plein jour, là où la lumière naturelle traverse les feuillages et glisse sur les troncs pour révéler la matière. Elle décline le bleu en une multitude de nuances, créant une beauté éclatante qui ne cherche pas l’effet spectaculaire, mais l’immersion lente.
Sika da Silveira choisit un cadrage centré, presque frontal, donnant aux arbres une présence pleine et affirmée. Ils ne sont ni décor ni arrière-plan, ils deviennent sujets. Cette frontalité impose une relation directe avec le spectateur. Il n’est plus question de regarder un paysage, mais d’entrer en dialogue avec un être vivant ; la photographie cesse d’être une simple représentation pour devenir un espace de rencontre.
Ce que l’artiste met en avant, c’est cette beauté intérieure de l’arbre qui touche à une dimension profonde et parle à l’âme humaine. Sika da Silveira transcende la matière pour amener l’humain à regarder au-delà de l’écorce, vers ce que les âmes de ces arbres offrent de plus beau à l’homme.
Équilibre cosmique
Dans cette démarche, l’arbre n’est pas seulement un organisme biologique. Il est porteur de sens, il est mémoire, il est présence. L’artiste rappelle que leur disparition ne serait pas seulement une catastrophe écologique, mais une rupture spirituelle et psychologique profonde. Montrer les arbres au-delà de la matière, c’est aussi sensibiliser à leur sacralité.
Comme l’affirme l’artiste : « Le jour où il n’y aura plus d’arbres, certaines divinités disparaîtraient, l’homme perdrait son équilibre, au point de basculer dans la folie ».
Cette pensée traverse silencieusement la série Blue Dream, suggérant l’existence d’une intelligence cosmique à laquelle l’humain devrait s’aligner, plutôt que de chercher à dominer. Autrefois, Sika da Silveira donnait aux arbres des visages humains ; aujourd’hui, elle ressent le besoin de montrer la vie à l’intérieur, d’opérer une forme de « chirurgie » délicate pour révéler le vivant sans le violenter.
Derrière ces œuvres réside un appel à la prise de conscience et non à la réparation, car pour l’artiste, « on ne finit jamais de réparer ». Lorsqu’un arbre centenaire est abattu, aucune réparation n’est possible car chaque arbre porte une histoire singulière que nos ancêtres respectaient comme premier lieu de rencontre avec le divin.
Sika da Silveira pose ainsi une problématique sociale fondamentale : le respect de la Vie. Elle rappelle que certaines pratiques culturelles, comme la cérémonie des jumeaux liée à l’Iroko, ne peuvent exister sans les arbres. Supprimer l’arbre, c’est déséquilibrer tout un système symbolique.
Conçue entre 2022 et 2024 au Bénin, cette série de quinze œuvres utilise le bleu non comme un filtre, mais comme un langage et un souffle constant. Blue Dream ne cherche pas à choquer, elle murmure, et c’est dans cette douceur assumée que réside sa plus grande force.
Léandre HOUAN (Stagiaire) ©www.noocultures.info








