MASA 2026 : Masadougou, le village qui n’existe pas, mais qui dit tout

Masadougou comme une métaphore. Partager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Il s’appelle Masadougou. Il n’existe sur aucune carte. Et c’est précisément pour cela qu’il dit quelque chose d’essentiel sur ce que le MASA cherche à être. Ce village imaginaire, conçu par le chorégraphe ivoirien Georges Momboye comme décor mental du spectacle d’ouverture de la 14e édition du Marché des Arts du Spectacle Africain, a ouvert les huit jours de programmation hier soir, samedi 11 avril, sur l’esplanade du Palais de la Culture Bernard Binlin-Dadié à Treichville.

ENVOYÉ SPÉCIAL À ABIDJAN – Des centaines de jeunes danseurs, des acrobates venus de toute la Côte d’Ivoire et des quatre coins du monde, le slameur Nin’wlou et la conteuse Flopy (de son vrai nom Florence Kouadio Affoué) ont peuplé ce village d’une nuit.

Pour que la magie de Masadougou opère, il a fallu une prouesse d’ingénierie à la mesure du récit. Le décor, conçu par le Béninois Serge Padonou (Ateliers PDG) sous la direction de Momboye, a transformé l’esplanade en une fresque architecturale où la Tour F et le Pont ADO s’imposaient sur des plateaux de 16 mètres. Un défi technique de taille car la structure devait non seulement iconiser la modernité d’Abidjan, mais aussi résister aux assauts physiques de centaines de performeurs en pleine élévation.

Le titre du spectacle était une déclaration, « Le Masa vous parle au rythme des arts vivants, l’élévation des peuples ». Et Momboye l’a décrit comme un voyage, partir du village pour réveiller l’âme de l’art, l’emmener vers le monde urbain, la transmettre à la jeunesse. Une renaissance, dit-il. Pas une commémoration.

La carte d’identité d’un marché

Georges Momboye sait ce qu’il fait. Il a assuré la direction artistique des cérémonies d’ouverture et de clôture de la CAN 2023, chorégraphié l’ouverture du Festival mondial des arts nègres à Dakar en 2010. Formé à la danse africaine dès l’enfance, puis au jazz et au contemporain à l’école Alvin Ailey de New York, installé à Paris depuis 1992 où il dirige le Centre de Danses Pluri-Africaines, il incarne lui-même la trajectoire que Masadougou raconte : le village comme point de départ, le monde comme espace de déploiement.

Pour lui, le spectacle d’ouverture du MASA n’est pas un préambule. C’est « l’image, la carte d’identité du marché-festival ». Ce qui se joue sur cette scène le premier soir dit ce que cette édition entière prétend être. Et que le thème « Arts du spectacle en Afrique, outil d’intégration économique et sociale » énonce sans détour. 89 artistes venus de 51 pays africains. Plus de 2 250 candidatures reçues de 103 pays, simplement un record dans l’histoire du MASA.

Le Maroc comme pays invité d’honneur, le Brésil comme pays invité spécial. 70 des 120 groupes programmés dirigés par des femmes. Une entrée gratuite sur l’ensemble des sites. Des scènes dans les quartiers populaires d’Abobo, Yopougon, Koumassi et Port-Bouët.

Les chiffres sont là pour dire une ambition continentale. Le village imaginaire était là pour lui donner un corps.

Ce que Masadougou pose comme question

Mais Masadougou pose aussi une question que le MASA n’a pas fini de résoudre. Quel est le rapport entre ce village-origine, convoqué comme mythe fondateur des arts vivants africains, et le marché professionnel qui se tient dans les mêmes murs ? Entre l’âme de l’art transmise à la jeunesse et les 150 programmateurs internationaux venus signer des contrats ? Entre l’élévation des peuples et les circuits de diffusion qui, pour la plupart, restent encore orientés vers l’extérieur du continent ?

Ce n’est pas une critique. C’est la tension constitutive du MASA depuis sa création en 1993 (et peut-être sa force). Un marché qui assume d’avoir une âme. Un festival qui assume d’avoir une économie. Masadougou comme métaphore d’une Afrique qui veut à la fois se raconter à elle-même et se vendre au monde, sans que l’un annule l’autre.

Les huit jours qui s’ouvrent diront si cette édition tient les deux bouts.

Eustache AGBOTON, à Abidjan ©www.noocultures.info

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