Aux récréâtrales, l’art se construit avec tout un quartier

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www.noocultures.info – A l’approche de la 14ème édition, la ruelle de Bougsemtenga se forme en espace de création, de rendez-vous et de partage.

A quelques jours de l’ouverture des récréâtrales, la rue n’est pas encore tout à fait celle que les festivaliers découvriront. Des artistes s’activent à transformer, les installations prennent forme et les espaces se préparent à accueillir public et spectacles. Ici à Ouagadougou, le festival ne commence pas seulement lorsque les lumières s’allument sur scène : il s’invente également dans la rue, se nourrissant chaque jour du contact direct avec son quartier d’accueil.

C’est l’une des idées qui ressort de la conférence de presse consacrée à la 14ème édition des Récréâtrales, prévue du 24 au 30 Septembre 2026 à Ouagadougou, dans le quartier de Bougsemtenga. Placée sous le thème « Obliger à beauté », cette édition entend faire de l’art un espace de respiration et de lien dans une société à de nombreuses adversités.

« On va amener de la beauté parce que c’est le thème », résume Aristide Tarnagda, Directeur Général et Artistique des Récréâtrales. La bonne formule, volontairement simple, exprime l’ambition qu’il associe à cette édition : faire de la beauté autre chose qu’un décor, en la reliant à l’hospitalité, au rire, au vivre ensemble et à la qualité des relations humaines.

Une rue qui se prépare à accueillir

Dans le dossier de presse, la rue 9.32 apparaît comme l’un des espaces centraux du festival. Longue d’environ 550 mètres, elle accueille chaque édition des propositions plastiques et des installations scénographiques pour 2026, le travail de transformation se poursuit avec le collège Scéno, tandis que l’espace dédié au jeune public doit également faire de la place aux créations des enfants du quartier. Aussi, certaines cours accueillent les spectacles. La rue est en ébullition et participe à l’expérience artistique proposée au public.

Sur place, deux artistes dynamiques rencontrés pendant les préparatifs illustrent cette dimension collective. L’un du Burundi et l’autre du Burkina Faso, travaillent ensemble pour l’embellissement de la ruelle. Leur mission consiste à installer les œuvres d’art de manière à ce qu’elles soient illuminées de jour comme de nuit. Cette collaboration témoigne de l’union entre les deux pays. A travers cette préparation, la beauté prend une dimension concrète : elle demande du temps, du matériel, des gestes et une coopération entre les personnes qui ne viennent pas nécessairement du même endroit.

La beauté comme réponse aux adversités

Pour Aristide Tarnagda, le thème « obligé à beauté » s’inspire d’une formule empruntée au poète martiniquais Edouard Glissant. Le Directeur explique avoir voulu rappeler les valeurs essentielles dans un monde où, selon lui, la barbarie s’étend et l’hospitalité tend à disparaitre. Il s’agit de réaffirmer la possibilité de relations plus humaines, qu’elles soient familiales, amicales ou professionnelles. Cette intention s’inscrit dans l’histoire des Récréâtrales. Né en 2002, le projet s’est développé au fil des éditions pour associer création contemporaine, formation, recherche et présence dans le quartier. Le dossier de presse décrit notamment des initiatives qui lient les habitants aux artistes ainsi que des activités destinées aux enfants et aux jeunes. Cette continuité donne du relief à l’idée selon laquelle le festival ne se limite pas à une semaine de représentation.

Une programmation qui élargie les formes

Parmi les nouveautés mises en avant par le Directeur, figure une création musicale conçue par Olivier Tarpaga et un orchestre d’environ onze musiciens. La musique, déjà présente dans les moments suivent les spectacles, prends ainsi une place propre dans la programmation. Autre rendez-vous annoncé, il s’agit du CAR Comedy club, qui doit s’installer pendant la semaine du festival avec l’humoriste Moussa petit sergent et son équipe. Théâtre, musique, danse, humour, lectures et arts visuels composent une programmation qui s’adresse à un large public. L’objectif est de multiplier les portes d’entrée vers la création, tout en maintenant la rue et le quartier au cœur de l’expérience.

Un rendez-vous à s’approprier

Au moment de la conférence de presse, Aristide Tarnagda estimait le niveau de préparation à 80%, avec encore une semaine de travail avant l’ouverture. Il annonçait environ 2000 à 3000 personnes par soir. Ces chiffres sont toutefois des estimations communiquées en amont du festival, et non un bilan de fréquentation.

Le Directeur Général et la Présidente des Récréâtrales, Odile Sankara, invitent le public à venir découvrir la transformation de la rue, si possible avant le début des représentations et appelle les Burkinabè à considérer les Récréâtrales comme patrimoine culturel commun. Ils insistent aussi sur la présence de participants issus de 16 nationalités, chiffre annoncé lors de l’entretien.

Au fond, l’enjeu de cette édition se joue aussi dans cette préparation visible : une rue qui change d’apparence, des artistes qui travaillent en collaboration et un quartier qui devient partie prenante d’un projet culturel. Aux récréâtrales, la beauté ne se présente pas uniquement au public une fois les rideaux levés. Elle se modèle en amont, dans un espace partagé et invite chacun à prendre part à l’histoire qui s’y écrit.

Eva Josiane ONADJA (Collaboration) ©www.noocultures.info

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