REMA 9 : la musique africaine cherche encore le chemin de la rémunération

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www.noocultures.info – Les Rencontres musicales africaines (REMA) ouvrent leur neuvième édition ce 22 octobre 2026 à Ouagadougou, où elles se tiennent jusqu’au 24 octobre sous le thème « Followers, de passifs à actifs ». La 65e session du Forum Culturel, organisée le 17 octobre en partenariat avec La Cour du Naaba, avait posé le cadre. Alif Naaba, Luc Mayitoukou et Jean-Yves Kokou y ont posé une question que huit éditions n’ont pas encore résolue : comment transformer la diffusion en revenus ?

Le nombre d’écoutes d’un titre ne dit rien de ce qu’il rapporte à son créateur. C’est le point de départ qu’a posé Jean-Yves Kokou, consultant spécialisé dans la monétisation des contenus numériques. La rémunération issue du streaming dépend des revenus générés par les abonnements et la publicité sur les marchés concernés. Sur certains marchés africains, le taux de pénétration du paiement numérique, le prix des abonnements et les recettes publicitaires limitent mécaniquement la valeur générée par écoute. Une audience massive ne se traduit pas nécessairement par des recettes. C’est un problème structurel, pas une question de talent ou de visibilité.

Pour Alif Naaba, musicien burkinabè et initiateur des REMA, vivre de la musique suppose trois conditions : un marché structuré, la monétisation des œuvres et le respect des droits. Ces trois conditions mobilisent l’ensemble de la chaîne économique (producteurs, distributeurs, managers, éditeurs, plateformes et structures de gestion collective). Une œuvre peut circuler largement sans que les revenus générés par son exploitation soient correctement identifiés, répartis ou reversés.

Le maillon faible

La question des métadonnées est revenue au centre des échanges. Ce sont elles qui permettent d’identifier compositeurs, interprètes, producteurs, éditeurs et ayants droit. Lorsqu’elles sont incomplètes ou mal rattachées à un territoire, elles compromettent la redistribution des rémunérations.

Kokou a cité un cas précis. Parmi les cent premiers artistes ivoiriens sur les plateformes, une vingtaine seraient identifiés dans des pays autres que la Côte d’Ivoire. Ce chiffre dit concrètement ce que le problème des métadonnées coûte : des droits mal trackés, des revenus qui partent ailleurs ou qui disparaissent dans les circuits. Alif Naaba a évoqué des démarches engagées avec les structures burkinabè compétentes en matière de droits d’auteur pour améliorer l’identification des œuvres.

Luc Mayitoukou défend une approche qui déplace le regard. L’artiste n’est pas seulement un créateur. Il est un entrepreneur artistique, capable de comprendre les besoins de sa carrière et de s’entourer des compétences nécessaires. Cela suppose de distinguer les rôles du management, de la distribution et de l’édition, et de savoir quels professionnels mobiliser selon les objectifs poursuivis. Alif Naaba rejoint cette lecture : formation, information et réseaux professionnels sont les leviers pour comprendre le marché et s’y positionner.

Kokou ajoute une dimension que les artistes sous-estiment souvent. Les abonnés des plateformes restent soumis aux règles et aux évolutions des services qu’ils utilisent. Un changement d’algorithme peut réduire la visibilité d’un contenu du jour au lendemain, même pour un artiste qui dispose déjà d’une audience établie. Sa recommandation est de développer des canaux directs en parallèle : listes de diffusion par courriel, mobilisation des communautés en ligne, vente de places pour les concerts. L’objectif est de ne pas dépendre exclusivement de la visibilité accordée par les plateformes et de pouvoir convertir une audience numérique en public présent.

L’IA dans l’équation

Mayitoukou a évoqué les outils d’intelligence artificielle pour simuler des instruments ou travailler le son avec des moyens techniques limités. Ces possibilités ouvrent des perspectives réelles pour des artistes qui n’ont pas accès à des studios professionnels. Mais elles posent aussi la question de l’utilisation des œuvres existantes pour entraîner les modèles, et de la reconnaissance des droits des créateurs dans ce processus. Les systèmes de recommandation suivent la même logique : la langue, le genre musical, les collaborations, les informations rattachées à une œuvre participent à son référencement. Maîtriser ces outils, c’est aussi maîtriser la façon dont une création existe dans les algorithmes.

Les REMA en sont à leur neuvième édition. Ce que cette édition doit produire de plus que les précédentes, c’est de la mesure. Des collaborations formalisées, des œuvres correctement enregistrées, des métadonnées corrigées, des artistes capables de vérifier ce qui leur revient. Le thème “Followers, de passifs à actifs” pose la question dans le bon sens. Il reste à voir si la réponse sera dans les chiffres de la dixième édition.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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