Business-réseautage : Levier de souveraineté pour les industries créatives africaines

La mobilité et la vente : les maillons faiblesPartager : Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn J’aime ça :J’aime chargement…

www.noocultures.info – Le 57ème Forum Culturel de noocultures.info tenu ce 27 mars 2026 à Lomé au Togo a brisé les tabous de la dépendance culturelle. Face à une mobilité régionale entravée et une formation déconnectée du marché, les experts réunis au WE ART Creative Hub préconisent une auto-organisation pragmatique. L’idée centrale est de transformer le réseau social en un véritable outil de production.

« La culture n’intéresse personne à part mes amis. Nous sommes sous perfusion étrangère. » Ce constat de la journaliste Sophie Ékoué, promotrice de la Villa Séguro a d’emblée souligné la fragilité du secteur. Malgré le potentiel souvent vanté des Industries Culturelles et Créatives (ICC) africaines, le manque d’implication des États reste le maillon faible. Pour les panélistes venus du Togo, du Ghana et de Madagascar, l’heure n’est plus à l’attente d’une impulsion publique mais à l’activation d’un « Business-réseautage » offensif.

Le débat a mis en lumière les frontières physiques et administratives qui bloquent la création. Le Ghanéen John Owoo, journaliste, critique d’art et promoteur de www.artsghana.net a rappelé qu’il est souvent plus facile et moins cher pour un artiste ghanéen de se rendre à Londres ou Berlin que de voyager vers un pays voisin. Cette obstruction se double d’une pression fiscale étouffante. Le transport d’œuvres entre le Burkina Faso et le Togo peut ainsi déclencher une cascade de taxes à chaque poste frontalier. Sophie Ékoué déplore que les douaniers voient une marchandise taxable là où ils devraient voir de l’art.

À cette mobilité empêchée s’ajoute une carence pédagogique majeure. Selon Nicolas-Etienne Sohou N’Gani, expert en économie de la culture, l’Afrique échoue encore à former des « vendeurs ». Selon le Coordinateur Togo & Bénin du Projet AEPC (Africa-Europe Partnerships for Culture), « on forme des créateurs et des administrateurs, mais quasiment aucun marchand d’art capable de commercialiser les œuvres. » À Madagascar, comme l’explique le danseur et chorégraphe Michaël Rakotonjatovo (Xtrema), cette absence de structures formelles pousse la jeunesse vers l’ingéniosité numérique pour compenser le vide institutionnel. Et d’ajouter que « face au manque de conservatoires, j’encourage les jeunes à utiliser la technologie et l’IA pour se former à distance. »

De la mutualisation à la souveraineté

La solution réside dans la transformation du réseau informel en alliance opérationnelle. Le concept de Business-réseautage, porté par Sohou N’Gani, propose de mutualiser les risques et les ressources via des structures comme les Groupements d’Intérêt Économique (GIE). L’idée est de partager les équipements techniques, de monter des coproductions pour répondre à des marchés d’envergure et de fédérer les circuits de diffusion.

En s’appuyant sur le modèle nigérian, où le secteur privé a structuré un marché colossal avant même l’implication de l’État, le Forum culturel 57 appelle à un changement de paradigme. Comme l’a résumé le modérateur Gaëtan Noussouglo, le nerf de la guerre reste la capacité des professionnels à s’approprier la chaîne de valeur pour contrer la « morosité » ambiante. L’artiste africain de 2026 doit devenir son propre levier de croissance, en quittant le champ de la mondanité pour celui de la stratégie économique.

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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